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SANS-ABRI Hébergement obligatoire des SDF: Fillon louvoie

Hébergement obligatoire des SDF: Fillon louvoie

SANS-ABRICette mesure «serait une grave régression», a immédiatement jugé Xavier Emmanuelli, fondateur du Samu social...
Lundi la Ville de Paris a annoncé la mise en place d'"une mission Bois de Vincennes", avec l'Etat, pour convaincre les SDF y séjournant d'accepter un hébergement.
Lundi la Ville de Paris a annoncé la mise en place d'"une mission Bois de Vincennes", avec l'Etat, pour convaincre les SDF y séjournant d'accepter un hébergement. - Jacques Demarthon AFP
Avec agence

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François Fillon a tenté ce jeudi de désarmorcer la polémique sur l'hébergement d'office des sans-abri envisagé par le gouvernement, affirmant qu'il n'était «pas question d'obliger» les SDF sauf en cas de danger vital, au moment même où un cinquième malheureux vient d'être retrouvé mort.

«Il n'est pas question d'obliger les SDF à rejoindre les hébergements d'urgence», a souligné le Premier ministre, lors d'un déplacement à Arcachon, en ajoutant: «J'ai un profond respect pour la liberté de chacun mais en même temps la non assistance à personne en danger est une faute, et c'est une faute qu'un gouvernement ne peut pas accepter». Une conseillère de François Fillon a précisé ce grand écart: «Porter secours à un SDF c'est comme porter secours à un suicidaire, il y a un vrai devoir d’assistance. Après par quels moyens... on réfléchit à ce sujet. Le recours à la police n'est pas exclu.»

Matignon devient alors un peu plus clair: «Face à une vague de grand froid, c'est la sécurité avant la liberté.»

Tollé général des associations

Cette déclaration de Fillon est intervenue au lendemain du tollé général des associations contre la proposition de la ministre du Logement Christine Boutin de recourir à l'hébergement obligatoire des sans-abri par grand froid, conformément au souhait exprimé par Nicolas Sarkozy en Conseil des ministres.

La Ministre du Logement et de la Ville avait proposé de recourir à l'hébergement obligatoire des sans-abri quand la température descend sous -6 degrés suscite un tollé chez les associations, qui s'emploient depuis des années à tenter d'amortir la crise du logement.


Christine Boutin a notamment fait valoir qu'aucune des 66 personnes installées durablement dans le bois de Vincennes «vues personnellement cette nuit» n'avait accepté de venir dans un centre d'hébergement. Selon elle, il restait 40 places libres en hébergement d'urgence, le week-end dernier dans le 12e arrondissement, limitrophe du Bois.


François Fillon a «un profond respect pour la liberté»

«J'ai un profond respect pour la liberté de chacun mais en même temps la non assistance à personne en danger c'est une faute, et c'est une faute qu'un gouvernement ne peut pas accepter», a-t-il déclaré.

«On est attaché à la liberté de chacun, il n'est pas question de revenir sur ces principes, mais à certains moments, notamment dans les grands froids, il y a un devoir d'assistance à personne en danger», a expliqué le chef du gouvernement. «On ne peut pas laisser quelqu'un, dont on sait qu'il risque de mourir, sans tenter le maximum pour essayer de le mettre à l'abri», a-t-il poursuivi estimant qu'il faut «par tous les moyens, convaincre ceux qui sont en danger de mort de rejoindre les centres d'hébergement, ce que, jusqu'à aujourd'hui, ils refusent».

Une idée «bête»


Les associations rappellent inlassablement la promesse du candidat Sarkozy, le 18 décembre 2006. «D'ici deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid», avait-il dit.


«Nous sommes furieux», a déclaré Patrick Doutreligne, secrétaire général de la Fondation Abbé Pierre. «Quelques jours à peine après le jugement contre le Dal et les Enfants de Don Quichotte qu'elle a approuvé, Christine Boutin sort cette idée bête. Une idée qui n'a de réalité que parce que la société a peur d'être accusée de laisser ses pauvres mourir de froid...»


«Allez au centre Yves Garrel, dans le 11e, vous comprendrez...»


«En Allemagne, où la police embarque de force les SDF, les autorités se sont donné les moyens d'avoir des places d'hébergement dignes, des chambres individuelles. Ici, on prend les choses à l'envers!», a-t-il estimé.


Jean-Baptiste Legrand, président des Enfants de Don Quichotte, a quant à lui exprimé son «ras-le-bol»: «Chaque année, on pose cette même question de la mise à l'abri. Catherine Vautrin (ministre déléguée à la Cohésion sociale à l'époque, NDLR) la posait déjà il y a deux ans sur le canal Saint-Martin... C'est compliqué de comprendre pourquoi les gens ne veulent pas aller dans les gymnases? Allez au centre Yves Garrel, dans le 11e, vous comprendrez...»

Bois de Boulogne La Ville de Paris a annoncé, après la «mission Bois de Vincennes», une «mission Bois de Boulogne» pour convaincre les sans-abri d'accepter un hébergement.

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