Médicaments dans l'eau potable: «on ignore encore la toxicité induite par l’effet cocktail»

INTERVIEW Marie Favrot, directrice de la Direction d’évaluation des risques nutritionnelles et sanitaires à l'Afssa, réagit après la publication d'une étude...

Propos recueillis par Julien Ménielle

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Le gouvernement a tenté mardi de calmer une polémique sur le prix de l'eau qui oppose depuis plusieurs jours l'association de consommateurs UFC-Que Choisir et les entreprises du secteur.
Le gouvernement a tenté mardi de calmer une polémique sur le prix de l'eau qui oppose depuis plusieurs jours l'association de consommateurs UFC-Que Choisir et les entreprises du secteur. — Joel Robine AFP

Une étude a récemment montré que l'eau potable contenait des résidus de médicaments(lien). Des scientifiques ont en effet décelé la présence d'une vingtaine de substances sur les 76 recherchées entre 2006 et 2007. A l'issue d'un colloque, ils se sont fixé pour objectif d'améliorer le traitement des eaux destinées à la consommation humaine. Pour l'heure, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) est chargée d'évaluer le risque sanitaire actuel. Marie Favrot, directrice de la Direction d’évaluation des risques nutritionnelles et sanitaires, fait le point pour 20minutes.fr.

Quels types de médicaments ont été retrouvés dans l'eau potable?
De manière générale, la molécule le plus fréquemment retrouvée, lorsque l’on recherche des résidus de médicaments dans les eaux, est la carbamazépine. Il s'agit d'un anti-épileptique connu pour être très persistant dans l'environnement. L' Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), qui a de son côté testé les eaux rejetées par les hôpitaux, a également mis en évidence la présence d'anticancéreux. Cependant, certaines substances ne peuvent être dosées car leur concentration est inférieure au seuil détectable par les techniques actuelles.

Ces résultats sont-ils inquiétants?
Etant donné les quantités de résidus de médicaments retrouvées dans l’eau, en boire toute sa vie expose à des substances dépassant rarement une journée de traitement. Cependant, si on connaît les risques spécifiques liés à chaque molécule, on ignore encore la toxicité induite par «l’effet cocktail» de molécules présentes à de très faibles doses.

Que comptez-vous faire à présent?
Etant donné la multitude de médicaments à usage humain ou vétérinaire, il est impossible de rechercher l’ensemble des molécules existantes. Nous avons dans un premier temps défini les molécules à rechercher en fonction des quantités consommées en France, de leur solubilité dans l'eau et de leur toxicité. Nos laboratoires vont débuter les analyses, qui seront faites à tous les niveaux des stations d'épuration. Les résultats devraient être disponibles d’ici environ 18 mois.