«Le crime n'est pas une maladie que les médecins peuvent soigner»

INTERVIEW Après le meurtre d'un étudiant par un déséquilibré à Grenoble, le psychiatre Franck Chaumon dénonce la responsabilité qui pèse sur le corps médical...

Maud Descamps

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Un étudiant de 26 ans est mort mercredi soir, quelques heures après avoir été poignardé dans le centre de Grenoble par un homme, qui s'était échappé d'un hôpital psychiatrique et qui avait déjà commis trois agressions du même type dans le passé.
Un étudiant de 26 ans est mort mercredi soir, quelques heures après avoir été poignardé dans le centre de Grenoble par un homme, qui s'était échappé d'un hôpital psychiatrique et qui avait déjà commis trois agressions du même type dans le passé. — Fred Tanneau AFP/Archives
Après le meurtre d'un étudiant par un schizophrène à Grenoble, 20minutes.fr a interrogé le psychiatre Franck Chaumon. A l'initiative d'une pétition contre le rôle confié aux professionnels de la santé mentale dans la loi de rétention de sûreté, il dénonce la responsabilité qui pèse sur le corps médical.

Ce n'est pas la première fois qu'un tel drame a lieu en France. On se souvient du petit Valentin et des infirmières de Pau. Pourquoi ne parvient-on pas à empêcher ces actes?

On essaie de faire peser sur le corps médical une sorte de responsabilité face à ce genre de drame. Mais la médecine n'a aucune possibilité de prédire ces actes. Nous ne sommes pas des devins. Si nous pouvons diagnostiquer les maladies mentales, nous ne sommes en aucun cas en mesure de dire si un patient est capable de récidiver ou non. Le problème, aujourd'hui, est que petit à petit s'insinue l'idée, dans notre société, que le crime est une maladie. Mais c'est faux. Le crime n'est pas une maladie que les médecins peuvent soigner. Alors, cela rassure la population de se dire l'inverse, mais le risque zéro n'existe pas. C'est angoissant, c'est épouvantable pour les victimes, mais c'est la réalité.

Vous affirmez qu'il existe un risque que nous ne pouvons prévenir?

Oui, car il n'y a pas de solution magique. Mais il ne faut pas non plus être alarmiste. Il n'y a pas plus de criminels chez les malades mentaux que chez les gens normaux, et ça personne ne le dit. Ce genre de faits-divers a toujours existé. Mais, désormais, on essaie de faire croire que le personnel médical est incompétent parce qu'il n'a pas su empêcher tel ou tel acte. On ne peut pas les devancer. C'est comme nous demander de détecter chez certains jeunes enfants les futurs délinquants. Cela n'a pas de sens et ce n'est pas notre rôle. Le politique se décharge beaucoup trop sur la médecine et, en même temps, le nombre de suppression de lits dans les hôpitaux psychiatriques ne cesse de s'accroître.

Enfermer tout patient susceptible d'être dangereux est-il la solution?

Ce n'est pas à moi de répondre à cette question. Le médecin peut décider d'interner un patient jugé dangereux, mais on ne peut pas le faire juste dans le bénéfice du doute. Il faut que la dangerosité soit avérée. Mais dans la pratique, comment réellement savoir? Il faut garder en tête que, plus vous enfermez un patient, moins vous avez de chance de voir cette personne se réintégrer dans la société. Et d'un autre côté, laisser ces personnes au sein de la société est dangereux. Voilà tout le paradoxe auquel nous devons faire face chaque jour. Si on suit cette logique de «précaution», nous allons tous finir par nous surveiller les uns et les autres.