Etudiant poignardé à Grenoble: «Rien ne laissait présager de tels actes»

PSYCHIATRIE L'auteur du coup de couteau, soigné pour schizophrénie, devait obtenir une autorisation de «sortie d'essai» dans les prochains jours...

Maud Descamps

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Le gouvernement s'apprête à annoncer mardi ses grandes priorités dans le domaine de la santé mentale, alors que l'arrestation à Bordeaux d'un malade mental soupçonné d'avoir tué sa mère lors d'une permission de sortie vient replacer la psychiatrie sur le devant de la scène.
Le gouvernement s'apprête à annoncer mardi ses grandes priorités dans le domaine de la santé mentale, alors que l'arrestation à Bordeaux d'un malade mental soupçonné d'avoir tué sa mère lors d'une permission de sortie vient replacer la psychiatrie sur le devant de la scène. — Jean-Philippe Ksiazek AFP/Archives
Le meurtre d'un étudiant de 26 ans mercredi, poignardé en pleine rue à Grenoble par un homme soigné pour schizophrénie à l'hôpital de Saint-Egrève (Isère), relance le débat sur la capacité des médecins à appréhender les comportements dangereux de certains patients. En 2004, le double meurtre de Chantal Klimasewzski et de Lucette Gariod par Romain Dupuis à Pau avait déjà suscité ces interrogations.

Dans le cas présent, «rien, en ce qui concerne l'équipe médicale, qui a observé ce patient ces derniers temps, ne laissait présager qu'il allait commettre des actes de la nature de ceux qui lui sont reprochés aujourd'hui», a déclaré sur RTL le directeur, Michel Gellion, le directeur de l'hôpital.

Une autorisation de «sortie d'essai»


L'homme n'avait pas d'autorisation de sortie, mais les médecins comptaient lui accorder «des sorties d'essai», dans les prochains jours, a précisé le directeur. «L'équipe médicale estimait qu'il y avait nécessité de le réhabiliter dans le sens où il faut le réhabituer à vivre dans la cité», a-t-il poursuivi. Impossible, donc, de prédire un tel drame.

«Un médecin peut faire un diagnostic sur un patient, peut estimer qu'un patient est dangereux ou non, mais en aucun cas nous ne sommes capables de prévoir de tels actes» explique à 20minutes.fr le psychanalyste Franck Chaumon.

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«La dangerosité est un critère qui n'est pas facile à prendre en compte par l'équipe médicale. Il est surtout difficile de mesurer la progressivité de la "guérison" que l'on peut espérer», poursuit de son côté Michel Gellion. «Dans les derniers mois, il n'avait pas eu de comportement tel qu'il justifiait d'être admis en unité pour malade difficile».

«Parfois, on est face à des situations de fatalité et donc le pire peut arriver, analyse pour sa part Michel Fize, sociologue CNRS. Ce genre d'événement montre surtout qu'il faut reconsidérer la prise en charge psychiatrique, afin de préserver l'individu de lui-même ainsi que son entourage.» Et le sociologue de proposer la mise en place de traitements ou de dispositifs qui fassent le lien entre l'hôpital et la réinsertion, comme le port d'un bracelet électronique.