Y a-t-il trop de commémorations en France? Le rapport qui fait débat

CELEBRATIONS Abordant l’épineuse question la «mémoire» française, l'idée de l'historien André Kaspi de ne conserver que trois journées nationales suscite la polémique...

Avec agence

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Le président français Nicolas Sarkozy a dénoncé samedi, lors d'une cérémonie commémorant l'esclavage, le régime birman, "éminemment condamnable, qui empêche le débarquement de vivres" dans ce pays "ravagé par la nature".
Le président français Nicolas Sarkozy a dénoncé samedi, lors d'une cérémonie commémorant l'esclavage, le régime birman, "éminemment condamnable, qui empêche le débarquement de vivres" dans ce pays "ravagé par la nature". — Mehdi Fedouach AFP

Il dénonce «l'inflation» commémorative «depuis 1999» et suscite la polémique. L’historien André Kaspi, dans le rapport qu'il doit remettre ce mercredi au secrétaire d'Etat aux anciens combattants, Jean-Marie Bockel, préconise de ne conserver que trois journées nationales de commémorations.

Il propose de donner «une signification particulière» et nationale aux seuls 8-Mai, 14-Juillet et 11-Novembre, qui sont aussi fériés.

«Il n'est pas sain qu'en l'espace d'un demi-siècle, le nombre de commémorations ait doublé. Il n'est pas admissible que la nation cède aux intérêts communautaristes et que l'on multiplie les journées de repentance pour satisfaire un groupe de victimes, car ce serait affaiblir la conscience nationale», dénonce la commission présidée par Kaspi, alors que ‘‘commémoration’’ signifie étymologiquement ‘‘se souvenir ensemble’’, rappelait-elle dans la présentation de sa mission. D'autant que «le clientélisme ou le communautarisme mémoriel provoque des revendications nouvelles et incessantes.»

Sans le nommer, il cible l'œuvre de Jacques Chirac, seul instigateur des nouvelles commémorations de ce «demi-siècle». C'est durant ses deux mandats, et plus précisément entre 2000 et 2006, qu'ont en effet été instaurées six des douze dates existantes : la célébration de l'abolition de l'esclavage (10 mai), l'hommage aux morts de la guerre d'Indochine (8 juin), l'appel du général de Gaulle du 18 juin 1940, l'hommage aux Justes de France (16 juillet), aux harkis (25 septembre) et aux morts de la guerre d'Algérie (5 décembre).

>>>>>> Et vous, qu'en pensez-vous? Y a-t-il trop de commémorations et de journées «nationales», voire de jours fériés?

L’opposition ferme de Copé

Après des fuites dans la presse sur le contenu du texte, Jean-Marie Bockel a immédiatement mis les choses au point. «Autant je suis contre l'inflation mémorielle, autant je suis contre la remise en cause de commémorations existantes, qu'elles soient nationales ou autres», a précisé le secrétaire d'Etat aux anciens combattants.

André Kaspi a tenu à relativiser également ce lundi: «Contrairement à ce que j'entends depuis 24 heures, je n'ai jamais demandé à ce qu'une date, qu'une commémoration soit supprimée», a-t-il assuré sur France-Inter. «Les autres dates ne seraient pas supprimés, elles deviendraient des commémorations locales ou régionales, et de temps à autre, elles revêtiraient un aspect exceptionnel, comme ce fut le cas en 2004 pour les débarquements alliés de 1944».

De son côté, le président du groupe UMP à l'Assemblée, Jean-François Copé, s'est dit «totalement hostile» à l'idée de supprimer des «rendez-vous nationaux de commémoration», exprimant le souci de «reconstituer une identité française».

Il a aussi évoqué la possibilité «de rendez-vous supplémentaires de commémoration, pas forcément des jours fériés d'ailleurs», tels qu'une «journée de l'Europe.»

Le 8 ou le 9 mai?

Selon une indiscrétion publiée par «Le Journal du dimanche» ce dimanche, le secrétaire d'Etat aux affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, s'apprêterait en effet à proposer que le 8-Mai, célébrant la victoire sur l'Allemagne nazie, soit remplacé par une journée européenne le 9 mai.

Jugeant prématurée la création d'un jour férié commun aux pays de l'Union européenne, l'UMP s'est déclarée «extrêmement attachée au 8-Mai et au 11-Novembre».

«Il y a des dates qui parlent sans conteste à tous les Français» a fait également valoir l'ancien ministre socialiste de la défense, Paul Quilès, se demandant toutefois si «la multiplication des commémorations ne risque pas d'en affaiblir la portée».

Mémoire contre mémoire

Les associations sont aussi montées au créneau. Le président du Conseil représentatif des associations noires (CRAN), Patrick Lozès, a mis en garde contre le risque d'une «concurrence des mémoires indignes».

Mouloud Aounit, président du Mouvement contre le racisme et l'amitié entre les peuples (MRAP), a fustigé «une inquiétante stratégie visant à créer un climat pour disqualifier certaines lois mémorielles existantes», notamment les lois dites "Gayssot" (contre la négation du génocide des juifs) et "Taubira" (qui reconnaît la traite négrière et l'esclavage comme crimes contre l'humanité).