Sarkozy: «Je veux dire au nom de la Nation que beaucoup de ceux qui furent exécutés alors ne s'étaient pas déshonorés»

DER DES DERS Le président de la République va évoquer le sort des 600 fusillés de l'armée française...

Avec agence

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Carla Bruni-Sarkozy et Nicolas Sarkozy aux commémorations du 11-novembre à Paris.
Carla Bruni-Sarkozy et Nicolas Sarkozy aux commémorations du 11-novembre à Paris. — AFP/Vincent Messler

Il est le premier président de la République française à évoquer le sort de ces 600 fusillés de l’armée française. Dans son discours du 11 novembre à Douaumont (Meuse) à l'occasion du 90e anniversaire de l'armistice de la première guerre mondiale, Nicolas Sarkozy est revenu sur le destin tragique de ces poilus exécutés pour l'exemple ou pour avoir refusé d'obéir aux ordres.

«Je penserai à cette jeunesse qui n'ira plus mourir en masse sur les champs de bataille», a expliqué le chef de l'Etat. «Je penserai à ces hommes dont on avait trop exigé, qu'on avait trop exposés, que parfois des fautes de commandement avaient envoyés au massacre et qui un jour n'ont plus eu la force de se battre».

Une réhabilitation au cas par cas?

L'actuel secrétaire d'Etat aux anciens combattants, Jean-Marie Bockel avait confié, en mai, réfléchir à une réhabilitation «au cas par cas», et promis que le président de la République prendrait une «orientation» sur la question.

Lundi, Marc Blondel, le président de la Fédération nationale de la libre pensée (FNLP) qui plaide pour la réhabilitation des fusillés, avouait au «Monde» ses espoirs: «L'idéal, ce serait le vote d'une loi de réhabilitation collective, comme l'a fait le gouvernement de Tony Blair en Grande-Bretagne. Mais je ne suis pas sûr que Sarkozy aille jusque-là. J'ai malgré tout bon espoir qu'il prononce des paroles d'apaisement pour expliquer que les fusillés n'ont pas à être mis au ban de la nation, mais qu'ils sont comme les autres des morts pour la France.»

«Souvenons nous qu'ils étaient des hommes comme nous»


Le temps de ces paroles d'apaisement est finalement venu. «Cette guerre totale excluait toute indulgence, toute faiblesse. Mais 90 ans après la fin de la guerre, a insisté le président de la République dans son discours, je veux dire au nom de la Nation que beaucoup de ceux qui furent exécutés alors ne s'étaient pas déshonorés, n'avaient pas été des lâches, mais que simplement ils étaient allés jusqu'à l'extrême limite de leurs forces».

«Souvenons nous qu'ils étaient des hommes comme nous (...) qu'ils auraient pu être nos enfants (...) qu'ils furent aussi les victimes d'une fatalité qui dévora tant d'hommes qui n'étaient pas préparés à une telle épreuve. Mais qui aurait pu l'être ?».

Le précédent Jospin

La réhabilitation de ces 600 soldats français «fusillés pour l'exemple» avait été évoquée il y a dix ans par le premier ministre socialiste Lionel Jospin, en 1998, lors d'un déplacement à Craonne. Jospin avait souhaité que ces soldats «victimes d'une discipline dont la rigueur n'avait d'égale que la dureté des combats (...), réintègrent aujourd'hui notre mémoire collective nationale».

A l'époque, ces propos avaient suscité de vives réactions à droite. Et notamment du secrétaire général du RPR d'alors, un certain... Nicolas Sarkozy.