Les manuels scolaires évoluent, mais les stéréotypes demeurent

A.L. (avec agence)

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La lutte contre les discriminations doit être au coeur de l'éducation des élèves, à la fois via les programmes et via les manuels scolaires qui devront corriger les stéréotypes discrimatoires qu'ils contiennent encore, selon les recommandations faites jeudi par la Halde.
La lutte contre les discriminations doit être au coeur de l'éducation des élèves, à la fois via les programmes et via les manuels scolaires qui devront corriger les stéréotypes discrimatoires qu'ils contiennent encore, selon les recommandations faites jeudi par la Halde. — Joel Saget AFP/Archives

Un patron et une secrétaire. Un médecin et une infirmière. Un grand homme et une «fille de». Les stéréotypes ont la vie dure, y compris dans les manuels scolaires qui ont pourtant «fortement evolués depuis une quizaine d'années», explique Sylvie Marcé, PDG des éditions Belin.

Menée à partir d’entretiens avec enseignants et élèves et d’analyses de livres, une étude commandée par la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) et publiée ce jeudi épingle la persistance des clichés dans les manuels scolaires qui encouragent les discriminations.

Des «icônes» ou des «femmes de»

Selon cette étude, les femmes sont les principales victimes de représentations dévalorisantes: dans ceux d’Histoire et de géographie, elles sont plus souvent décrites comme «icônes» ou «femmes de» que comme actrices des événements. En situation professionnelle, elles sont trois fois sur quatre cantonnées aux métiers dits «féminins» (sage-femme, documentaliste, gynécologue).

Un constat que ne partage pas Sylvie Marcé, également présidente du groupe des éditeurs scolaires. «Dans toutes les situations où on peut mettre des femmes, on le fait», explique-t-elle. «Dès que nous le pouvons, nous allons chercher des images de femmes députées ou maires. Les maisons d'éditions sont sensibilisées à ce sujet depuis longtemps», ajoute-t-elle.

Les femmes surreprésentées


Car les éditeurs «ne peuvent pas idéaliser la société», se défend Syvie Marcé. «Actuellement, nous sommes plutôt dans une surreprésentation des femmes», ajoute-t-elle.

Mais ce ne sont pas les seuls problèmes détectés par la Halde. Les personnes d’origine étrangère sont le plus souvent représentées dans des situations de pauvreté. Les personnes âgées sont liées à la maladie ou la dépendance. Les manuels font également l’impasse sur les questions liées au handicap ou à l’orientation sexuelle.

«De vraies questions», pour Sylvie Marcé. «Nous sommes réceptifs à ces recommandations. Mais pour traiter des questions comme l'orientation sexuelle, il faut les faire rentrer dans les programmes», explique-t-elle avant d'ajouter: «Et c'est la responsabilié du ministère».

Etendre l’enseignement contre les discriminations

Certaines des recommandations de ce rapport, s'adressent d'ailleurs plus aux autorités qu'aux éditeurs. Il propose notamment l'extension de l'enseignement de la prévention contre les discriminations, actuellement limité aux classes de 5e, à toutes les classes du secondaire.

«Si on ne partage pas le constat, on partage les recommandations du rapport», explique Sylvie Marcé. «Des rapports comme ceux-là, c'est très sain», ajoute-t-elle. «Mais il faut faire attention qu'ils ne véhiculent pas des stérétotypes encore plus violents que ceux qu'ils dénoncent.»