Une amicale d'anciens policiers impliquée dans l'affaire Besancenot?

ENQUETE Deux des mis en examen appartiennent à cette association...

M.Gr.

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Le Taser, arme létale ou non? C'est la question autour de laquelle se sont affrontés lundi devant le TGI de Paris Olivier Besancenot, assigné en diffamation, et l'importateur français du Taser, opposés par ailleurs dans une affaire d'espionnage du porte-parole de la LCR.
Le Taser, arme létale ou non? C'est la question autour de laquelle se sont affrontés lundi devant le TGI de Paris Olivier Besancenot, assigné en diffamation, et l'importateur français du Taser, opposés par ailleurs dans une affaire d'espionnage du porte-parole de la LCR. — Mehdi Fedouach AFP

Perspective 21. Paisible association d’anciens policiers ou cellule de reconversion pour barbouzes? Selon Le Monde.fr, les enquêteurs de la Brigade de répression de la délinquance aux personnes (BRDP), chargés d’élucider l'affaire d'espionnage d'Olivier Besancenot, s'intéressent de très près à cette amicale.

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Lors de son enquête, la BRDP a découvert que deux des mis en examen le 16 octobre dernier faisaient partie de l’association. Il y a d’abord Gérard D. patron d'une PME spécialisée dans l’intelligence économique. Soupçonné d’avoir rédigé le rapport de surveillance sur Besancenot, il est en première ligne dans l’affaire au même titre que le commanditaire présumé, Antoine di Zazzo, patron de Taser France. Or Gérard D. est vice-président de Perspective 21.

Même coïncidence troublante pour Gilles P., policier retraité et membre de l’association. Il a lui aussi été mis en examen pour «violation du secret professionnel», «divulgation de données confidentielles» et «accès frauduleux» à des fichiers.

Retraités

Perspective 21 est né en 1996 à l'initiative de retraités de la police judiciaire. Retraités mais pas inactifs: parmi ses 120 membres revendiqués, on retrouve 60% d'actifs, employés dans le domaine de la sécurité des entreprises ou des agents privés de renseignement. Deux des responsables de son bureau ont par ailleurs une activité militante reconnue, à l'UMP, dans les Hauts-de-Seine.

Sur son site, Perspective 21 dit avoir «pour but de maintenir un lien social entre ses membres au travers d’initiatives diverses, principalement à caractère informatif, culturel ou convivial».

Pour entrer dans l’asso, il faut régler 30 euros de cotisation annuelle, et surtout être parrainé, afin «de préserver l'honorabilité et la dignité de la Police Nationale». Le Monde.fr relève qu’en juillet 2008, dans le magazine «Le Trait d'union» du syndicat de police Synergie-officiers, l'association insistait sur son utilité «en l'absence de toute assistance ou aide publique dans le domaine de la reconversion».

Cette reconversion s’est-elle faite dans la chasse au Besancenot et autres ennemis de la police nationale, ou les deux barbouzes sont-ils tout simplement deux moutons noirs?

Nom effacé

Le nom de Gérard D., ancien de la PJ et des RG, a été vite effacé de la liste des membres du bureau de Perspective 21, sur le site Internet. La direction de l’association, qui se dit abasourdie par cette histoire, a juste précisé que le détective privé avait tenu à démissionner le 17 octobre, dès sa sortie de garde à vue.

Cette étrange destinée associative souligne combien la frontière est ténue entre les carrières dans la police et les reconversions dans le privé, un point déjà mis en perspective dans le livre de Patrick Baptendier, «Allez-y, on vous couvre! Un barbouze au service de l’État». Aux enquêteurs désormais de déterminer si l’amicale Perspective 21 a servi de cadre à un réseau de barbouzes, à qui Taser France sous-traita la surveillance de Besancenot.