Mesrine et les autres vus par la police

LIVRE 240 photos d'identité judiciaires ont été compilées…

Arnaud Levy

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Durant 30 ans, elle a enfoui dans sa mémoire le souvenir de cette "terrifiante" journée. Mais aujourd'hui, Jeannine Martigny, otage, avec sa famille, en 1978, de Jacques Mesrine et son lieutenant François Besse, a besoin d'"exorciser le passé".
Durant 30 ans, elle a enfoui dans sa mémoire le souvenir de cette "terrifiante" journée. Mais aujourd'hui, Jeannine Martigny, otage, avec sa famille, en 1978, de Jacques Mesrine et son lieutenant François Besse, a besoin d'"exorciser le passé". — AFP/Archives

Quel est le point commun entre Janis Joplin et Jacques Mesrine? Entre Landru et Martin Luther King? «Casque d’or» et Mussolini? Tous ont, au moins une fois, fait l’objet d’une photographie signalétique «face-profil» par la police.

>> Quand les criminels inspirent le cinéma, un diaporama à voir ici.

Pendant deux ans Raynal Pellicer s’est plongé, en France et aux Etats-Unis dans cet océan d’images, pour y repêcher les clichés d’ «IJ» (identité judiciaire) de ces arrêtés qui ont fini par prendre perpétuité au tribunal de la renommée. Il réunit 240 de ces portraits dans «Présumé coupables». Tache titanesque dans une somme colossale d’archives éparpillées au gré des organismes et au fil du temps, et encore très partiellement explorées.

Reconnaissance faciale

«Aux seules Archives nationales il y a 9 millions de plaques de verre… Parmi elles, il y a obligatoirement des trésors encore inconnus», explique Raynal Pellicer, dont les recherches n’ont pas toujours été couronnées de succès. Comme aux Archives départementales de Marseille où le dossier de Robert la Rocca, qui a inspiré le personnage de Belmondo dans La Scoumoune, contenait bien les procès verbaux d’époque, mais pas de photo.

«Il y a eu une époque où les commissaires partaient à la retraite en emportant leurs archives…», constate Raynal Pellicer. Qui a même eu recours, avec l’aide de l’Identité judiciaire parisienne, aux logiciels modernes de reconnaissance faciale pour authentifier la photographie retrouvée de Jules Bonnot datant de 1896, en la comparant à un cliché connu de l’anarchiste plus âgé (1922).

Photos encore cachées

Certains de ces trésors perdus de vue ont fini dans des collections privées, des agences de presse ou d’autres destinations. Raynal Pellicer a ainsi ramené à la Préfecture de police de Paris la photo d’identité judiciaire que Bertillon (lire encadré) avait fait faire de lui-même. La source: une collection diffusée à l’époque par… l’épicier Félix Potin.

Dans d’autres cas, les services mettent encore leur veto à la diffusion des photos. Parmi les membres du célèbre Gang des tractions avant, la photo de Georges Boucheseiche demeure sous le boisseau. Cet ancien membre de la Carlingue (les auxiliaires français de la Gestapo installés rue Lauriston durant l’Occupation) fut par la suite impliqué dans l‘affaire Ben Barka. Affaire non (dé)classée…

ORIGINES
C’est le Français Adolphe Bertillon inventeur, en 1883, de l’anthropométrie judiciaire et considéré comme le fondateur de la police scientifique, qui a fixé les règles de la photo d’identité judiciaire telle qu’elle est encore pratiquée aujourd’hui. Son but: lutter contre la récidive en améliorant l’identification des délinquants. La photographie venait donc compléter un système complexe de mesures osseuses, système qui fut, lui, rapidement détrôné par les empreintes digitales. Depuis, des millions et des millions d’individus ont été arrêtés et photographiés sur plaque de verre, négatifs puis supports numériques.