Augustin Legrand: «On pourrait planter des tentes dans les universités»

INTERVIEW Le fondateur des Enfants de Don Quichotte, réagit à la sortie de son film «Enfants de Don Quichotte: acte I»

Recueillis par Laure de Charette

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Augustin Legrand, fondateur des Enfants de Don Quichotte
Augustin Legrand, fondateur des Enfants de Don Quichotte — Serge Pouzet/20 Minutes

Augustin Legrand, fondateur des Enfants de Don Quichotte, réagit à la sortie de son film «Enfants de Don Quichotte: acte I» ce mercredi. Déjà vu 600.000 fois sur Dailymotion, ce documentaire poignant qui retrace deux ans de combat pour porter haut la voix des SDF.

Vous présentez ce film comme «un nouveau souffle pour prolonger le combat». Vous comptez repartir au front?
Bien-sûr. Les tentes du canal Saint-Martin à Noël 2006 et celles de Notre-Dame de Paris l’an dernier ont été super efficaces. On a obtenu des avancées majeures, comme le Droit au logement opposable (Dalo), trois rendez-vous en un an avec le Premier ministre, la transformation des centres d’hébergement d’urgence en centres de stabilisation (CHRS). Ce n’est pas rien! Mais chaque acteur s’auto-paralyse encore pour ne pas agir alors que le diagnostic est posé, et les solutions connues. Le problème des SDF, si on s’y attaque vraiment, en deux ans, c’est résolu.

 

Quand et comment comptez-vous remonter au créneau?
En février, après l’hiver. Cette fois, finie la naïveté des débuts. On va revenir avec un véritable réseau, mieux structuré, dans la durée. Il va falloir qu’on devienne un lobby citoyen puissant. On pourrait planter des tentes, comme des verrues, dans les universités, les banlieues. Il est inadmissible que des étudiants, des familles, des étrangers ne puissent pas se loger décemment dans ce pays. Notre révolte est pragmatique, c’est celle d’un bon père de famille. On obtiendra peut-être la moitié de ce qu’on réclame, mais ce sera déjà beaucoup.

 

D’autres associations très bien structurées s’occupent déjà à longueur d’année des mal-logés. Qu’apportez-vous de plus?
Je suis tout seul ! Face à Christine Boutin (ministre du Logement, ndlr) je n’ai rien à perdre à dire la vérité. Elle n’a pas d’emprise sur nous. Je ne représente que les citoyens de la rue, je ne suis ni de gauche ni de droite. Les associations, elles, dépendent des subventions de l’Etat ou des dons de leurs adhérents qui souscrivent à un message précis. 

A l’heure de la crise, vous pensez vraiment que les gens sont prêts à se mobiliser pour les plus faibles?
J’en suis sûr. Les gens invisibles de la société civile sont prêts à donner un peu de leur temps, de leur argent, de leurs compétences. Le film va nous servir à fédérer les gens dans le virtuel, avant de passer à l’action dans le réel. Il nous faut très vite une mobilisation populaire. Trop de promesses n’ont pas été tenues. On parle pouvoir de vie, pas pouvoir d’achat. L’Etat ne peut plus nous dire que les caisses sont vides, vu les milliards injectés pour les banques. On demande au gouvernement d’investir pour la société».