« Mesrine rêvait d'être l'ennemi public n° 1 »

Recueilli par Bastien Bonnefous - ©2008 20 minutes

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Michel Ardouin

Ancien voyou.

Votre livre* est peu flatteur pour Mesrine ?

Il y a trois Mesrine. Celui des débuts, qui fait un tas de conneries minables en France. Puis il y a le Mesrine incarcéré au Québec, qui s'invente une légende de tueur. Enfin, il y a le Mesrine qui revient en France, s'évade et se fait le porte-parole des taulards, alors qu'il n'y a jamais eu plus individualiste que lui.

Mesrine a-t-il été surestimé ?

C'était un très bon braqueur de banques. Mais comme voyou, Mesrine n'était pas fiable, c'était un surexcité qui rêvait d'être l'ennemi public n° 1. Dans le milieu, il n'était pas respecté parce qu'il faisait prendre des risques à tout le monde. Il a kidnappé un magistrat et torturé un journaliste alors que les vrais voyous respectent les décisions de justice et se foutent des médias.

Pourquoi ce mythe Mesrine ?

La presse est à l'affût de grands bandits, ça fait vendre. Et puis, à l'époque, les politiques fabriquaient des ennemis publics pour durcir les lois. Mesrine ça le faisait triquer, il voulait la vedette, et il avait du magnétisme. Il séduisait toutes les femmes qu'il voulait.

Sans vous, Mesrine aurait-il eu la même trajectoire ?

Lorsque je l'ai croisé, j'étais en cavale depuis quatre ans et j'avais besoin d'un gars pour braquer des banques. Au final, ça a duré un an et demi et plus de quatre-vingts « braquos », plus l'évasion du tribunal de Compiègne en 1973. Les faux papiers, les armes, les appartements, les voitures, c'était moi. Sans moi, Mesrine aurait existé à la sauvage et il aurait fini plus tôt.