Le prix Nobel de médecine a récompensé lundi les travaux de chercheurs sur deux grands fléaux des temps modernes: le sida avec les Français Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, et le cancer avec l'Allemand Harald zur Hausen.
Le prix Nobel de médecine a récompensé lundi les travaux de chercheurs sur deux grands fléaux des temps modernes: le sida avec les Français Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, et le cancer avec l'Allemand Harald zur Hausen. — Coex/Sakutin/Dkfz AFP

SANTE

Prix Nobel de médecine 2008: «Mieux vaut tard que jamais»

Trois virologues, dont le professeur Montagnier, sont récompensés pour leurs travaux sur les MST...

Le prix Nobel de Médecine 2008 a été attribué ce lundi à Stockholm aux Français Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier(lien), pour «leurs découvertes du virus de l'immuno-déficience humaine» (VIH) et à l'Allemand Harald zur Hausen pour «la découverte du papillomavirus humain, virus responsable de certains cancers du col de l'utérus».

Le chercheur allemand empochera la moitié du prix de 10 millions de couronnes suédoises (1,02 million d'euros) et les deux lauréats français se partageront la seconde moitié. Ils recevront leur prix le 10 décembre des mains du roi de Suède.

A Lire sur 20minutes.fr, le décryptage des travaux récompensés

«J'avoue que j'étais à 100 lieues de m'attendre à cette nouvelle», a déclaré Françoise Barré-Sinoussi au micro de France Inter. La virologue se trouve actuellement au Cambodge dans le cadre de programmes de l'Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) sur les co-infections avec la tuberculose.

La chercheuse française explique avoir consacré «entièrement sa carrière à la recherche sur le virus, aux interactions entre le virus et le corps humain, et avec les pays en développement aujourd'hui». Elle rappelle cependant qu’à l’époque, «on savait que c'était une découverte importante, mais on ne mesurait pas l'ampleur de l'épidémie telle qu'on la connaît aujourd'hui».

«Ma première réaction, c'est de penser à tous les malades du sida et tous ceux qui sont toujours en vie et qui se battent contre la maladie», a déclaré le professeur Montagnier depuis Abidjan, où il assiste à la Conférence internationale scientifique sur le sida.

Ce prix intervient 25 ans après la découverte du virus du sida par son laboratoire à Paris. «Mieux vaut tard que jamais. C'est bien que le comité Nobel s'intéresse (au sida). Cela aurait été un peu curieux qu'ils ne s'intéressent pas à cette maladie qui est quand même un fléau mondial», a-t-il conclu.

Harald zur Hausen, quant à lui, a exprimé sa «grande surprise et grande joie» lors d’une conférence de presse télévisée. «C'est aussi une reconnaissance de la qualité du travail de mes collaborateurs qui se sont engagés formidablement dans ce domaine et qui ont contribué pour beaucoup au résultat», a-t-il précisé.

Des louanges et un bémol

Dans un communiqué, Nicolas Sarkozy a adressé, «en son nom propre et en celui de la Nation tout entière, ses plus vives félicitations aux lauréats de ce prix prestigieux, à l'Institut Pasteur et à l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale)».

Le chef de l’Etat estime que «ce prix Nobel honore l’ensemble de la médecine et de la recherche biomédicale françaises et européennes. Il est un encouragement à poursuivre les réformes favorisant l’excellence et l’innovation dans le domaine de la recherche.»

Les ministres de la Recherche, Valérie Pécresse, de la Santé, Roselyne Bachelot, et des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, ainsi que l'association Sidaction ont également tenu à adresser lundi leurs félicitations aux lauréats.

Moins enthousiaste, Willy Rozenbaum, président du Conseil national du sida, a rappelé que c’est l'Américain Robert Gallo qui avait confirmé l'isolation du virus en 1984. «C'était un travail d'équipe et là on ne récompense que les gens de Pasteur, c'est toujours un peu dommage», a-t-il regretté.

Il s’est cependant efforcé de ne pas gâcher la fête. «Je pense que c'est bien que Françoise Barré-Sinoussi soit associée à ce prix, parce qu'on pouvait craindre qu'il ne soit remis qu'à des têtes d'affiche. C'est déjà une chose positive», a-t-il ajouté.

Les prix Nobel de médecine français
1980 Jean Dausset conjointement avec Baruj Benacerraf et George Snell (Etats-Unis) pour la découverte de gènes régulant les réponses immunitaires et la mise en évidence du rôle de certains de ces gènes dans les maladies autoimmunes
1965 Francois Jacob, Andre Lwoff et Jacques Monod pour leurs recherches sur l’ARN messager
1928 Charles Jules Henri Nicolle pour sa découverte de la transmission du typhus exanthématique par le pou
1913 Charles Robert Richet pour la découverte de l'anaphylaxie
1912 Alexis Carrel pour ses travaux sur la chirurgie vasculaire
1907 Charles Louis Alphonse Laveran pour ses travaux et pour la découverte des maladies causées par des protozoaires