Semi-liberté suspendue de Rouillan: une décision «totalement stupide» pour son avocat

JUSTICE Dans un entretien, le cofondateur d'Action directe n'avait pas renié son passé terroriste...

M.Gr.

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Les anciens du groupe révolutionnaire Action directe Nathalie Ménigon et Jean-Marc Rouillan se sont rencontrés fin juin à Marseille, pour la première fois depuis leur mariage en prison en 1999, a-t-on appris jeudi auprès de leur avocat Me Jean-Louis Chalanset.
Les anciens du groupe révolutionnaire Action directe Nathalie Ménigon et Jean-Marc Rouillan se sont rencontrés fin juin à Marseille, pour la première fois depuis leur mariage en prison en 1999, a-t-on appris jeudi auprès de leur avocat Me Jean-Louis Chalanset. — Michel Gangne AFP

Le 16 octobre, à la prison des Baumettes de Marseille, Jean-Marc Rouillan jouera son avenir devant le tribunal d'application des peines. Sa semi-liberté sera peut-être révoquée. Il est accusé d’avoir trop parlé.

Dans un entretien à «L’Express» paru mercredi sur leur site, le cofondateur d’Action directe a assumé son passé terroriste, alors qu’il lui était interdit d’évoquer des faits pour lesquels il a pris deux fois perpétuité. Vous pouvez retrouver ses propos ici.

«Un prétexte pour le faire taire»

Après les avoir lus, le parquet de Paris a demandé sa révocation: «Il a enfreint une des obligations qui pesaient sur lui, celle de s'abstenir de toute intervention publique relative aux infractions pour lesquelles il a été condamné.»

Son avocat contre-attaque ce vendredi midi: «C'est totalement stupide qu'on le remette en prison pour l'empêcher de parler à la presse alors qu'il avait déjà donné deux interviews en dix mois. C’est un prétexte pour le faire taire. Le Parquet a toujours été contre sa semi-liberté, contre ses permissions.»

Jean-Marc Rouillan avait jusqu’ici évité les références aux années 1980. Par exemple, en février dernier, il revenait dans «Libération» sur ses débuts de révolutionnaire, le sujet d’un de ses livres écrits en prison.

Responsabilité journalistique

L’article est très clair sur ce point, et un avertissement prévient le lecteur: «En prison la nuit, il travaille le jour comme secrétaire d’édition chez l’éditeur marseillais Agone. Dans «De mémoire», Jean-Marc Rouillan raconte les débuts de son engagement révolutionnaire à Toulouse en 1970. Premiers amis, premières amours, premiers camarades et premières armes. Mais aussi description d’une ville et d’une époque. Ce sont les seuls faits sur lesquels son régime de semi-liberté l’autorise à parler.»

Nous voilà à mille lieux de l’ambiguïté juridique des propos parus dans «l’Express». Faut-il y voir la responsabilité du journaliste de l’hebdo? Michel Henry, notre confrère de «Libération», présent au moment de l’entretien qu’il devait publier également jeudi, s’interroge clairement: «Mais finalement la vraie question est celle-là: quand, à la suite d’une interview, un homme est menacé de perdre sa semi-liberté, (…) quelle est la responsabilité du journaliste?»

On soulignera que Rouillan était parfaitement conscient de l’enjeu de cet entretien. «Etes-vous prêt encore à jouer votre liberté personnelle pour vos idées ?», lui demande-t-on. Il répond: «Mais je la joue actuellement. Avec cette interview…»

Troubles de l’ordre public

Pour le juge, dans son ordonnance citée par l'avocat de Rouillan, il «a fait des déclarations à la presse qui ont profondément troublé l'ordre public, qu'un débat s'est installé sur le bien-fondé de cette interview, que pour éviter tout nouveau contact avec les médias et sans préjuger de la décision du tribunal d'application des peines, il convient de suspendre la mesure de semi-liberté».

Trop simple pour Me Chalanset: «Il n'y avait aucune urgence à le remettre en prison, sauf à satisfaire aux exigences du procureur. Il n'a pas troublé l'ordre public, on interprète des phrases qui méritaient débat.» Trois lignes d’un texte qui valent très chères.

«Pour une interview, ils sont capables de me faire repartir sur une perpétuité», soupirait Rouillan jeudi dans «Libération».

Avant la polémique, Jean-Marc Rouillan espérait une libération conditionnelle d’ici à décembre.