Récession, le mot tabou

ECONOMIE Les principaux protagonistes de la crise économique et financière font tout pour éviter d’employer ce terme...

M.Gr. (avec agence)

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Sur le front de l'inflation, le président de la BCE Jean-Claude Trichet a quelque peu adouci son message, estimant que les risques inflationnistes avaient "dimininé", mais "pas disparu.
Sur le front de l'inflation, le président de la BCE Jean-Claude Trichet a quelque peu adouci son message, estimant que les risques inflationnistes avaient "dimininé", mais "pas disparu. — Thomas Lohnes DDP/AFP

C’est un tombereau d’euphémismes. Pour évoquer les mauvaises prévisions de l’Insee pour les deux derniers trimestres de l’année (-0,1%, après –0,3% au second trimestre 2008), les principaux protagonistes français de la crise économique et financière font tout pour ne pas employer le terme «récession». Sans éviter cependant de parler d’un problème de fond.

«Une croissance ralentie». Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, refuse catégoriquement de prononcer le mot de «récession» au sujet de la France ou de la zone euro. «Les experts de la BCE nous disent que nous avons une croissance ralentie, je ne prononcerai pas d'autre mot que cela: une croissance ralentie avec des risques importants que la croissance soit encore plus faible», a-t-il confié sur Europe 1.

«Croissance négative».
Même son de cloche du côté du gouvernement, qui ne minimise pas pour autant la situation. Christine Lagarde, la ministre de l'Economie, reconnaît ce vendredi matin que «le risque d'une croissance négative à l'automne pour le deuxième trimestre consécutif est désormais réel» et «reflète surtout les effets des envolées exceptionnelles du prix du pétrole et de l'euro au premier semestre et de l'aggravation de la crise financière».

«Une très faible croissance».
Depuis les journées parlementaires de l'UMP à Antibes (Alpes-Maritimes), Eric Woerth a évité de prononcer le mot dangereux: «Par nature, la France n'est pas en récession. 1% de croissance» sur l'ensemble de l'année, «ce n'est pas une récession, c'est une très faible croissance.»

Sans cacher l’ampleur de la crise, comme il l’avait fait pour le chômage: «Il y a une définition technique et statistique de la récession et puis, il y a la réalité des choses. On ne va pas se battre sur les chiffres. Le ralentissement est fort et la crise est évidemment très importante.»

«Un mot tellement lourd».
A l’Insee, la prudence est de mise, malgré la clarté des chiffres annoncées. «C'est un mot tellement lourd qu'il nous semble prématuré de l'employer. Nous ne prendrons en tout cas pas la responsabilité d'utiliser ce terme», explique au journal «Les Echos» Eric Dubois, chef du département de la conjoncture à l'Institut. Qui précise qu'il existe des définitions alternatives à celle communément admise par les économistes: deux trimestres consécutifs de croissance négative.

Plutôt que parler de récession, l’Insee martèle calmement que «l’économie française fait face à un contexte peu favorable.»

«La récession est là».
François Hollande ne s’embarrasse pas de ses considérations techniques. «Oui la récession est là, elle est installée depuis le début de l'année 2008, sans doute depuis mars», affirme le premier secrétaire du PS dans un entretien au quotidien «Le Parisien-Aujourd'hui en France».

Selon Hollande, «cela veut dire que les choix, notamment fiscaux, qui ont été faits au lendemain de la présidentielle par Nicolas Sarkozy se sont révélés décalés, inefficaces, injustes et ont amplifié la secousse venant de l'environnement international».

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