La France bascule dans la récession

ECONOMIE Selon l'Insee, le PIB devrait reculer pour un troisième semestre consécutif...

M.Gr.

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Le gouvernement, privé de ses maigres marges de manoeuvre financières par la crise et une croissance prévue entre 1 et 1,5% en 2009, a finalement renoncé à réduire les prélèvements obligatoires et les déficits l'an prochain, comme il l'avait pourtant promis.
Le gouvernement, privé de ses maigres marges de manoeuvre financières par la crise et une croissance prévue entre 1 et 1,5% en 2009, a finalement renoncé à réduire les prélèvements obligatoires et les déficits l'an prochain, comme il l'avait pourtant promis. — AFP

L’Insee se refuse encore à lâcher ce mot fatidique, colmatant avec sa dernière énergie une boîte de pandore déjà éventrée. Ses chiffres sont là.

Selon les prévisions actualisées de la croissance cette année, publiées ce vendredi matin par l'Institut, le produit intérieur brut (PIB), après avoir reculé de 0,3 % au deuxième trimestre, céderait à nouveau 0,1 % au troisième puis au quatrième trimestre.

2008 sera néanmoins une année de croissance

Si l’on s’en réfère à la définition usuelle, qui la caractérise par deux trimestres consécutifs de croissance négative, la France vient de basculer dans la récession. Néanmoins, les économistes de l’Insee soulignent que 2008 sera une année de croissance (+0,9%). Loin des prévisions de début d'année.

Avec trois trimestres de croissance négative en 2008 et un seul, le premier, en hausse de 0,4 % par rapport au dernier trimestre 2007, cette prévision de 0,9 % en 2008 peut paraître étonnante. Mais la croissance trimestrielle est en fait calculée d'un trimestre sur l'autre, tandis que la hausse du PIB annuelle est calculée en moyenne sur l'année: plus la croissance est forte en début d'exercice, plus elle contribue au résultat de l'ensemble de l'année.

La France s’appuie donc encore sur la bonne tenue de l'activité en 2007 et au début de 2008. Mais comme souligne le quotidien économique «Les Echos», «l'élan est cassé pour 2009 et il faudra une reprise forte pour espérer réaliser seulement 1 % de croissance l'an prochain.»

Baisse des revenus du ménage

Comment expliquer ces chiffres de croissance en berne? Comme au premier semestre, les revenus des ménages baisseraient, selon l’Insee. Mais cette fois, ce serait sous l’effet d'une nette dégradation de l'emploi. L'Insee estime que près de 100.000 emplois seront perdus ce semestre dans le secteur marchand, ce que réfute Bercy.

Tous les indicateurs, exceptées les exportations et importations, sont dans le rouge: la consommation des ménages, leur investissement dans les logements et l'investissement des entreprises, freiné notamment par des taux d'intérêt trop forts, seraient en repli ce semestre.

Par exemple, l’investissement des ménages dans le logement, qui a augmenté de + 7,1% par an en 2006 et encore de + 3 % en 2007, devrait reculer de - 2,5 % en 2008.

La dernière année de croissance négative en France date de 1993. Le PIB n'avait alors reculé que deux trimestres d'affilée, mais de manière plus profonde.

Quelles répercussions?

La récession est d'abord le signe d'une économie affaiblie, comme le démontre les indicateurs précedemment cités. Comme Marc Touati, économiste de tendance libérale de Global Equities, nous l'expliquait en août, les entreprises vont probablement réduire leurs investissements. «Cela voudra dire qu’elles vont moins embaucher». C’est ainsi que s’enclenche un cercle vicieux : si le chômage augmente, les revenus diminuent, la consommation baisse, et du coup, la croissance aussi.

Pour, Marc Touati, sur Europe , cette annonce est logique: «Ce n’est pas une surprise. Nous sommes en récession depuis le 2e trimestre, là, ce que nous apprenons, c’est que nous en aurons jusqu’au 4e trimestre. La France est en train de s’enliser. On s’est focalisé sur la récession américaine, et on a pris du retard. On s’est voilé la face.» Destruction d’emplois, hausse du chômage, hausse des salaires moins fortes que la hausse des prix risquent d'être les premiers symptômes de la récession. Touati reste plus optimiste pour début 2009, quand la baisse du prix du pétrole sera répercutée, voire une baisse des taux d'intérêt de la BCE (qui rendrait l'euro moins fort).

>>>>>>> Retrouvez notre décryptage sur la récession, réalisé après l'annonce des chiffres du 2e trimestre 2008, mi-août.

La zone euro aussi
Le PIB reculerait à nouveau au troisième trimestre (- 0,1 % après - 0,2 % au deuxième) dans la zone euro et se stabiliserait fin 2008.