Le privé veut faire école en banlieue

Laure de Charette- ©2008 20 minutes
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Et si la mixité sociale était aussi l'affaire du privé ? En cette rentrée, les initiatives menées par les écoles sous contrat en direction des élèves des quartiers dits « difficiles » de Paris, Bordeaux, Marseille et Toulouse se multiplient. Et ce notamment grâce au plan « Espoir banlieues », dont le volet « éducation » est doté cette année de 200 millions d'euros. En rendant plus accessibles ses méthodes d'encadrement, le privé nuance son image élitiste. Quitte à faire grincer quelques dents du côté des proviseurs du public, qui voient de plus en plus de familles modestes  se détourner de leurs établissements. 

· L'enseignement privé basé en banlieue ouvre ses portes Une cinquantaine de classes relevant du privé ont ouvert cette année dans des zones sensibles des académies de Bordeaux, Toulouse et Marseille. Objectif : « récupérer » des élèves du public en grave échec scolaire  et/ou handicapés. Ainsi à Sainte-Marie à Stains (Seine-Saint-Denis), une nouvelle sixième accueille dix-neuf enfants du département. « Les cours sont dispensés en demi-groupe, on les remet à niveau en français et maths notamment. Ils reçoivent aussi une aide aux devoirs et des cours de méthodologie », explique le directeur. 

· Les familles huppées financent les boursiers Pour la deuxième année, le collège-lycée privé catholique Stanislas, à Paris, accueille des boursiers en prépa. Ils sont cinq - le directeur espère en avoir vingt à terme - et viennent de Seine-Saint-Denis. Leur scolarité complète - internat inclus - d'un montant de 8 500 euros par an et par jeune est financée par les familles aisées de « Stan ». « Sur la facture du premier trimestre, l'école propose de donner 75 euros, explique une mère. On est libres de donner plus, ou moins, ou pas du tout. Pour nous, c'est important que les enfants de familles modestes qui adhèrent à notre projet éducatif puissent profiter de cette école exceptionnelle. » L'an dernier, 85 % des parents ont fait un don. A l'échelle nationale, le public accueille deux fois plus de boursiers (27 %). 

· Un lycée dans une usine Le lycée privé Jean-Paul II devrait ouvrir à la rentrée prochaine dans une usine désaffectée d'un quartier défavorisé de Sartrouville (Yvelines). Il pourrait accueillir 650 élèves. 

· Les écoles huppées s'expatrient Comme Saint-Louis-de-Gonzague et Stanislas, la très chic Ecole alsacienne du 6e arrondissement veut créer, à terme, une « extension » de sa structure en banlieue parisienne. « La diversité est un plus, explique le directeur Pierre de Panafieu. L'avenir de notre système n'est pas dans la ghettoïsation. » Le « campus » éponyme, doté d'un internat de cent lits, accueillerait mille élèves, du primaire au bac, boursiers ou non. Les professeurs maison se délocaliseraient, les élèves volontaires aussi.