Trafic de déchets toxiques: c'est pas moi, c'est lui

DECRYPTAGE Qui faisait quoi, qui avoue quoi? Pour la DRIRE, ArcelorMittal est responsable de sa filière déchets jusqu'au bout...

Julien Ménielle avec Vincent Vantighem à Lille

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Plusieurs sociétés sont soupçonnées d'avoir contribué à "blanchir" les déchets toxiques d'une filiale dunkerquoise d'ArcelorMittal -qui dément son implication- en les revendant comme carburant en Belgique, selon des informations de presse confirmées mercredi par le parquet.
Plusieurs sociétés sont soupçonnées d'avoir contribué à "blanchir" les déchets toxiques d'une filiale dunkerquoise d'ArcelorMittal -qui dément son implication- en les revendant comme carburant en Belgique, selon des informations de presse confirmées mercredi par le parquet. — Philippe Huguen AFP/Archives

Quatre sociétés sont impliquées dans un trafic de déchets toxiques à Dunkerque, sans compter les douanes françaises, qui ont révélé l’affaire à la justice suite à une enquête interne. Aujourd’hui chacun se renvoie la balle ou se mure dans le silence.

La Direction régionale de l'industrie de la recherche et de l'environnement (DRIRE), qui a découvert cette affaire ce mercredi, a diligenté une inspection et plusieurs de ses membres se sont rendus sur les lieux. Elle n'a evidemment pas délivré ses conclusions, mais vient de préciser qu'ArcelorMittal était responsable de sa filière déchets de bout en bout.

Qui faisait quoi? Les détails de ce que l'on sait de l'affaire.

Sollac Dunkerque


Cette filiale d’ArcelorMittal serait à l’origine du trafic. Elle prétendait vendre son fioul naphtaliné à une usine de traitement des déchets pétroliers, mais le faisait en réalité acheminer vers la Belgique où il était utilisé comme carburant pour des super-tankers.

ArcelorMittal affirme tout ignorer de l'utilisation faite du fioul une fois livré. Le groupe affirme, par la voix de son directeur général pour la France, Daniel Soury-Lavergne, que «le retraitement et la valorisation des déchets par des entreprises extérieures est sous leur responsabilité».

Sonolub

C’est à cette société de «traitement et valorisation des hydrocarbures» qu’étaient confiés les déchets. Sa responsabilité est implicitement mise en cause par les déclarations du DG d’ArcelorMittal France. Silence radio du côté de ses dirigeants, qui ne souhaitent pas réagir.

Rubis Terminal

Les déchets auraient transité par cette entreprise de stockage d’hydrocarbures avant leur acheminement vers la Belgique.
Un responsable du groupe affirme n’avoir «jamais stocké les produits en question».

«Notre appontement a simplement été utilisé pour les transborder. Des camions venaient pour décharger les produits sur des bateaux (...). On n'a pas de regard sur ces produits puisqu'on ne les manipule pas», a-t-il précisé.

Contacté par 20 Minutes, Nicolas Croqueloi, directeur de Rubis Terminal Dunkerque confirme qu'«une ou deux péniches de 1.000 litres» par an étaient concernées, sans droit de regard sur la cargaison puisque «les papiers étaient en règle».

Il estime par ailleurs que le chiffre avancé de «plusieurs millions de tonnes» est farfelu, et qu'un éventuel trafic ne pourrait concerner que des «millions de litres»

Agena Tramp

Ce transporteur maritime aurait été chargé de livrer le fioul naphtaliné en Belgique. Son directeur général, Régis Legendre, a nié avoir eu connaissance de la nature du produit: «On nous demande une prestation, on la fait, mais on n'est pas là pour voir la qualité» de ces produits.

«Je n'imagine pas un instant qu'Arcelor ait pu être conscient d'un truc comme ça», a-t-il ajouté.

La direction régionale des douanes de Dunkerque

Un agent des douanes, aujourd’hui en retraite, est suspecté d’avoir trempé dans l’affaire. Les conclusions de l’enquête interne, menée entre 2004 et 2005, n’ont été communiquées au parquet qu’en juin 2008.

Contacté par 20 Minutes, Christian Bremeersch, directeur régional des douanes, se refuse à tout commentaire, «une instruction étant en cours». L'institution assure cependant à «La Voix du Nord» ne pas avoir cherché à dissimuler les faits. «La meilleure preuve, c'est que nous avons nous-même dénoncé les faits (…) Si on s'était senti gêné dans cette affaire, on aurait pu laisser l'enquête dans un tiroir et attendre la prescription».