Salariés sans-papiers: des manifestants occupent le restaurant la Tour d'Argent

SOCIAL Ils réclament «la régularisation des sans-papiers et dénoncent l'inégalité de traitement des dossiers selon les départements»...

Avec agence

— 

Une quarantaine de personnes occupaient pacifiquement mercredi des salons du restaurant "La Tour d'Argent" à Paris, à l'appel de la CGT qui exige une application de la circulaire permettant de régulariser des salariés sans-papiers.
Une quarantaine de personnes occupaient pacifiquement mercredi des salons du restaurant "La Tour d'Argent" à Paris, à l'appel de la CGT qui exige une application de la circulaire permettant de régulariser des salariés sans-papiers. — Bertrand Guay AFP

Une manif de sans-papiers à la Tour d’argent. La scène a l’air improbable: une quarantaine de personnes occupent ce mercredi pacifiquement les lieux, à l'appel de la CGT. Cette dernière exige une application de la circulaire permettant de régulariser des salariés sans-papiers. L'occupation a débuté à 10h10.

Les salons décorés avec des drapeaux CGT

Les manifestants, qui dénoncent «l'inégalité de traitement des dossiers selon les départements», ont décoré avec des drapeaux de la CGT les salons du restaurant, situés au rez-de-chaussée. Ils se sont engagés à ne commettre aucune dégradation et à permettre aux clients de circuler normalement dans le restaurant. «Les préfectures inventent des critères de sélection qui n'existent nulle part», a fait valoir à l'AFP, Raymond Chauveau (CGT).

Parmi les sans-papiers présents, figurent cinq salariés de ce luxueux restaurant parisien. En CDI, ces derniers occupent des emplois de plongeurs ou de commis.


La CGT veut lancer un avertissement


Avec cette nouvelle opération dans un lieu réputé, la CGT a voulu lancer un avertissement contre les «tergiversations du gouvernement et du patronat» alors que «des branches entières sont assises sur le travail de sans-papiers», selon Francine Blanche, secrétaire confédérale CGT. «On pourrait faire plus fort, bloquer des dizaines d'entreprises», a-t-elle dit. «On veut arriver à une application apaisée et harmonisée de la circulaire du 7 janvier», qui permet à des employeurs de faire régulariser leurs salariés sans-papiers, notamment dans les secteurs manquant de main d'oeuvre.

Plusieurs centaines de milliers de sans-papiers dans le BTP

Dans le BTP, la CGT estime le nombre de sans-papiers à «plusieurs centaines de milliers» en France. Elle a rencontré le patronat du secteur (Capeb), le groupe Vinci et a rendez-vous avec la direction d'Eiffage le 1er octobre «pour voir comment régler la question».

Quant au responsable des ressources humaines de la Tour d'Argent Fabrice Rollo, il a assuré à l'AFP qu'il avait «appris aujourd'hui (mercredi) que les cinq salariés (du restaurant) étaient sans papiers». «Nous n'étions pas au courant. Ils avaient sans doute des papiers périmés ou falsifiés», a-t-il poursuivi, en affirmant s'être «engagé à intervenir auprès de la préfecture pour obtenir la régularisation de ces personnes».

1.150 euros mensuels pour 40heures/semaine

Parmi eux, Mediba Drame, 29 ans, venu du Mali, travaille depuis trois ans et demi pour 1.150 euros mensuels pour 40 heures/semaine, grâce à une fausse carte payée 200 euros à Barbès, un quartier populaire du nord de la capitale. «Nous ne partirons que lorsqu'ils auront en main un récépissé de la préfecture» permettant leur régulation, a averti Raymond Chauveau.

Depuis le début d'un mouvement inédit de grèves coordonnées dans des entreprises d'Ile-de-France le 15 avril, la CGT et l'association Droit Devant! ont obtenu la régularisation de 950 salariés grévistes, dont neuf intérimaires, sur 1.700 dossiers déposés.