La suppression de l'ISF crée la polémique au sein des experts, comme des politiques

POLEMIQUE Laurence Parisot a déclaré ce mardi qu'il serait «sain» de supprimer cet impôt qu'elle qualifie de «catastrophe économique». Décryptage sur la valeur économique de cet impôt...

Valérie Zoydo

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Outre leurs 500 parrainages, les candidats à l'élection présidentielle doivent remettre au Conseil constitutionnel, dans leur dossier de candidature, une déclaration de leur situation patrimoniale sous pli scellé.
Outre leurs 500 parrainages, les candidats à l'élection présidentielle doivent remettre au Conseil constitutionnel, dans leur dossier de candidature, une déclaration de leur situation patrimoniale sous pli scellé. — Mychèle Daniau AFP

Supprimer l’ISF… Christine Lagarde a relancé le débat dans une interview accordée à la Tribune ce lundi en évoquant une réforme de l'impôt sur la fortune. Alors que François Fillon a immédiatement réagi à la proposition de sa ministre par la négative, Laurence Parisot s’est ressaisie du sujet ce mardi. Elle a jugé sur RMC qu'il serait «sain» de supprimer cet impôt qu’elle qualifie de «catastrophe économique».Mais est-il vraiment intéressant d’un point de vue économique de le supprimer?

«Il représente 4,4 milliards d’euros de recettes, soit l’équivalent du financement de la prime pour l’emploi», explique à 20minutes.fr Mathieu Plane, économiste à l’OFCE, spécialiste en finances publiques. «Supprimer l’ISF revient à accroître une nouvelle fois le déficit sans relancer la croissance», poursuit-il. Pourtant, pour la présidente du Medef, cet impôt coûte cher en fuite de capitaux. Le supprimer serait pour elle «la meilleure façon de conserver des investisseurs dans notre pays et de faire venir d'autres investisseurs qui avaient quitté notre pays». «Cet impôt est une hypocrisie», déclare de son côté Marc Touati, économiste chez Global Equities à 20 minutes.fr. «En Espagne, même un gouvernement de gauche reconnaît que l’ISF ne sert à rien».

Une réforme malvenue en pleine crise économique…

Du côté des politiques, quelles que soient les positions au sujet d’un aménagement de l’ISF, il semble mal venu en pleine crise économique. Au PS, la position est unanime. «La suppression de l’ISF est économiquement inefficace et socialement injuste. De plus, dans le contexte économique et budgétaire actuel, tout le monde doit faire des efforts», déclare à 20minutes.fr Michel Sapin, secrétaire national du PS à l’économie.

Si la question n’a pas été tranchée à l’UMP, une majorité prônerait le maintien de cet impôt. «Ce débat existe au sein de la majorité. Nous l’aurons. Mais une large majorité de l’UMP est opposée à la suppression de l’ISF», déclare à 20minutes.fr Frédéric Lefebvre, porte parole de l’UMP. Et de poursuivre : «Il est normal qu’il y ait une fiscalité sur le patrimoine». Jean François Copé, le président du groupe à l'assemblée nationale a de son côté déclaré dans un entretien accordé au Monde daté de jeudi: «J'appartiens à une majorité qui préfère qu'on baisse les impôts» mais il a préféré balayer d'un revers de main la question de l'ISF: «Je pense qu'un jour ou l'autre, il faudra avoir ce débat. Je ne suis pas sûr que ce soit opportun cette année, compte tenu de la conjoncture économique.»

… déjà faite avec le paquet fiscal

La droite met en avant un autre argument pour éluder le sujet : le paquet fiscal mis en place en 2007 a déjà permis d’équilibrer une fiscalité lourde. Notamment avec l’exonération des droits de succession, le bouclier fiscal à 50% et la déduction de l’ISF en cas d’investissement sur les PME. «Cette loi a généré 1milliard d’euros d’investissements vers les PME», poursuit Frédéric Lefevre.

Ce paquet fiscal, qui équivaut à 14 milliards d’euros, est d’ailleurs pour Mathieu Plane, un clin d’œil fait par le gouvernement aux plus hauts revenus. Supprimer l’ISF serait un cadeau fiscal de plus, inutile d’un point de vue économique et une erreur politique d’un point de vue symbolique.

«La suppression de l’ISF risquerait de nous faire tomber dans une économie de rentiers»

Selon lui, si des arbitrages sont à faire en termes de fiscalité, il doivent être fait en faveur de la classe moyenne et des ménages les plus modestes pour leur redonner du pouvoir d’achat. «Car ce sont eux qui consomment. Les hauts revenus, eux, épargnent» explique Mathieu Plane. «Il faut raisonner d’une façon plus globale» rétorque Marc Touati, «L’ISF ne rapporte pas assez par rapport aux ennuis qu’il génère. Il est contourné par la défiscalisation et il participe à la complication de l’imposition. La lutte des classes, c’est fini». Et Mathieu Plane de conclure : «Après les crédits d’impôts sur les biens immobiliers et l’exonération des donations des droits de successions, la suppression de l’ISF risquerait de nous faire tomber dans une économie de rentiers».


>>Et vous qu’en pensez-vous ? L’ISF n’a-t-il qu’une valeur symbolique ? Ou tombe-t-on dans «une économie de rentiers» ?