«Justice et mémoire doivent aller de pair»

OCCUPATION Ephraim Zuroff, directeur du centre Simon Wiesenthal de Jérusalem, explique que la politique de mémoire de Nicolas Sarkozy doit s’accompagner d'un réel effort judiciaire. Point de vue...

Recueilli par Mathieu Grégoire.

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"En ignorant si longtemps le drame de Maillé, en restant indifférente à la douleur des survivants, en laissant s'effacer de sa mémoire le souvenir des victimes, la France a commis une faute morale", a déclaré M. Sarkozy, premier président à se rendre sur les lieux du "village martyr", le jour anniversaire du massacre, perpétré le jour-même de la Libération de Paris.
"En ignorant si longtemps le drame de Maillé, en restant indifférente à la douleur des survivants, en laissant s'effacer de sa mémoire le souvenir des victimes, la France a commis une faute morale", a déclaré M. Sarkozy, premier président à se rendre sur les lieux du "village martyr", le jour anniversaire du massacre, perpétré le jour-même de la Libération de Paris. — Philippe Wojazer AFP

«La France a commis une faute morale», en oubliant Maillé pendant 63 ans, a martelé Nicolas Sarkozy lors de son hommage aux 124 victimes de Maillé. Devoir de mémoire et politique compassionnelle sont des récurrences du discours présidentiel. Le chef de l’Etat s’est même fendu d’une allusion directe à la situation en Afghanistan, dans un parallèle historique audacieux.

«On comprend mieux ce que veut dire la civilisation et pourquoi il faut la défendre quand elle se trouve confrontée à la barbarie la plus totale. Je pense notamment au sacrifice de nos dix jeunes soldats face à ces barbares moyenâgeux, ces terroristes que nous combattons en Afghanistan», a-t-il déclaré en faisant référence aux dix militaires tués la semaine dernière après une embuscade des talibans à l'est de Kaboul.

Rendre hommage aux victimes, à défaut de condamner les coupables. Les crimes de guerre sont prescriptibles après dix années en France, alors qu’ils sont imprescriptibles en Allemagne. Un projet de loi portant la prescription à trente ans devrait être étudié au Parlement, mais le dossier traîne. C’est un cruel manque pour Ephraim Zuroff, directeur du centre Simon Wiesenthal de Jérusalem, du nom de l’ancien chasseur de nazis.

Que pensez-vous du discours de Nicolas Sarkozy?
La mémoire, c’est bien, mais elle doit aller de pair avec la justice. On ne peut pas les séparer. La meilleure façon d’assurer la reconnaissance et la mémoire d’un drame tel que celui de Maillé est d’aller au bout judiciairement, avec un jugement.

Mais ces crimes sont prescrits…
C’est absolument terrible. La loi prévoit dix ans seulement en France pour un crime de guerre, alors que ce type de crimes ne devrait jamais être prescrit. C’est extrêmement problématique... Quelqu’un qui était coupable il y a 63 ans l’est encore aujourd’hui.

Peut-on aujourd’hui encore retrouver des anciens nazis?
Il ne faut pas baisser les bras, c’est encore possible. Il s’agit de se donner les moyens dans les investigations. Ulrich Mass, le procureur de Dortmund, les a dans le cas de Maillé. Mais c’est important d’explorer encore un maximum de pistes, de rassembler des preuves, d’amener des criminels devant la justice.

Avez-vous des résultats concrets au centre Simon Wiesenthal?

Le travail continue. Nous publions chaque année une liste, dans un projet baptisé Operation Last Chance. C’est un dernier effort pour traquer les criminels nazis avant qu’ils ne meurent (des récompenses sont allouées en échange, ndlr). Nous avons identifié près de 500 suspects. C’est clair que si de nombreux cas sont sérieux dans cette liste, il n’y aura pas plus de 20% de ces personnes qui seront poursuivies au final, et encore. Mais ce travail était et reste fondamental.