L'avocat de Kerviel conteste la fuite d'un rapport de police accablant

JUSTICE Il reprend dans ses grandes lignes la vision du rapport interne de la Société générale…

V.Z avec agence

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La hiérarchie de Jérôme Kerviel, le trader de la Société Générale soupçonné de falsifications qui lui ont fait perdre 4,9 milliards d'euros, a été "défaillante dans la supervision de ses activités", révèle le rapport interne de la banque publié vendredi.
La hiérarchie de Jérôme Kerviel, le trader de la Société Générale soupçonné de falsifications qui lui ont fait perdre 4,9 milliards d'euros, a été "défaillante dans la supervision de ses activités", révèle le rapport interne de la banque publié vendredi. — Joel Saget AFP/archives

Jérôme Kerviel a «abusé de la confiance» d'une hiérarchie «négligente», selon un rapport de la Brigade financière dont les termes sont accablants pour le trader soupçonné de falsifications. Ce texte a fuité dans la presse jeudi, suscitant la colère d'un avocat de Kerviel.

Eric Dupond-Moretti a dénoncé la divulgation de ce rapport dans la presse. «Il est très choquant qu'on fasse le procès de Kerviel en oubliant qu'il a fait le choix de réserver ses explications aux juges d'instruction», a déclaré à l'AFP Me Eric Dupond-Moretti.

«On ne peut pas accepter que le procès se fasse sur le procès-verbal de la police dont il (Kerviel) conteste la teneur», a-t-il ajouté, annonçant le prochain dépôt d'une plainte pour «violation du secret de l'instruction».

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Le rapport de police reprend dans ses grandes lignes la vision de l'affaire développée dans le rapport interne de la Société générale rendu public le 23 mai: techniques de dissimulation utilisées par le trader pour masquer ses prises de position sur les marchés, «défaillance» de la hiérarchie dont Jérôme Kerviel a «bénéficié et profité», insuffisance des services de contrôle en dépit des alertes.

Des éventuelles complicités

En six mois d'enquête sur les falsifications qui ont coûté 4,9 milliards d'euros à la banque, ils ont procédé à l'audition de 64 personnes de l'entourage personnel et professionnel du jeune trader, dont quatre en garde à vue. Ils ont également procédé à des réquisitions téléphoniques et bancaires et perquisitionné le siège de la banque, le domicile de Jérôme Kerviel et de plusieurs de ses proches.

La Brigade financière, évoque longuement la piste d'éventuelles complicités, dont celle de Thomas M., son assistant. Selon elle, «l'enquête n'a pas permis de déterminer si Thomas M. avait pu être abusé ou s'il avait conscience de la nature de l'activité déviante» du trader. Le parquet a tout de même requis début juillet sa mise en examen pour complicité.

Berner son entourage

Sévères vis-à-vis du trader, les policiers estiment que «Jérôme Kerviel a su être convaincant et pertinent pour berner son entourage» et a fait «fi de toute considération éthique et déontologique».

Concernant la position de la défense de Jérôme Kerviel qui soutient que sa hiérarchie avait connaissance de ses «positions (...) hors norme» non-autorisées et faisait preuve d’une certaine forme de complaisance, les enquêteurs la juge incohérente. Selon la Brigade financière, Jérôme Kerviel «éprouvait la nécessité de les dissimuler, voire même de les travestir par la production de faux documents», dont de faux mails.

Manque de suspicion de la hiérarchie


Quant aux supérieurs du trader, les policiers critiquent leur «absence de curiosité ou de suspicion» face à ses agissements troubles, l'absence de «suivi quotidien des résultats et positions du trader» ou encore le non contrôle du dépassement des limites de prises de risque autorisées.

Son supérieur direct a particulièrement «manqué de réactivité et de discernement» selon les enquêteurs qui considèrent toutefois que les manquements sont imputables à «l'ensemble» de sa hiérarchie.