«Le risque d'un marché du travail à deux vitesses»

INTERVIEW Mathieu Plane, économiste à l'OFCE, analyse les implications de la nouvelle loi sur le temps de travail...

Propos recueillis par Sylvain Mouillard

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Plus d'un millier de cadres, techniciens et quelques ouvriers ont manifesté mercredi 23 juillet près du Sénat à l'appel de la CFE-CGC et l'Ugict-CGT, avant le vote d'une réforme du temps de travail jugée "archaïque, contreproductive" et "pas bonne pour les entreprises". Durée: 1mn56
Plus d'un millier de cadres, techniciens et quelques ouvriers ont manifesté mercredi 23 juillet près du Sénat à l'appel de la CFE-CGC et l'Ugict-CGT, avant le vote d'une réforme du temps de travail jugée "archaïque, contreproductive" et "pas bonne pour les entreprises". Durée: 1mn56 — AFPTV

Mathieu Plane, économiste à l'OFCE, analyse les implications de la nouvelle loi sur le temps de travail...

La nouvelle loi augmente le contingent d'heures supplémentaires. Etait-ce nécessaire?


Mathieu Plane: Seuls 37% des salariés ont recours aux heures supplémentaires. Cela s'explique par le contexte économique (croissance faible, chômage élevé). Les entreprises n'ont pas besoin d'y recourir. La nouvelle loi ne devrait donc pas changer grand chose, à part dans certains secteurs comme le bâtiment, l'hôtellerie, la restauration.

Que risque-t-il de se passer?

Désormais, le temps de travail sera défini entreprise par entreprise. Tout dépendra donc du rapport de force à l'intérieur. Le risque, c'est pour les entreprises où il n'y a pas de syndicats. Il pourrait y avoir une course au moins disant social dans certains secteurs et dans des petites entreprises industrielles, soumises à la concurrence internationale et sous la menace d'une délocalisation.
Cela risque d'aboutir à un marché du travail à deux vitesses.

Les RTT des cadres sont-elles menacées?

Il faut rappeler que seuls 10% des salariés sont soumis aux forfaits jours, majoritairement des cadres. Leur situation dépendra des négociations. Le nouveau plafond de 235 jours pourrait concerner les cadres des petites entreprises. En revanche, dans les grandes entreprises, où les syndicats sont présents, les cadres sont relativement protégés. Ils bénéficient aussi du faible taux de chômage dans ce secteur (3,8%), qui incite les employeurs à leur offrir de bons contrats. Par ailleurs, il faut noter que les cadres n'ont pas envie de travailler plus pour gagner plus. Seuls 10% d'entre eux déclaraient dernièrement souhaiter monétiser leurs RTT.

Quels effets pourrait avoir la loi au niveau macroéconomique?

Elle n'apportera pas de regain de croissance. Les patrons ne choisissent de proposer des heures sup' que s'il y a davantage d'activité, or ce n'est pas le cas. Cela ne profitera donc pas non plus au pouvoir d'achat. Enfin, la loi ne s'attaque pas au problème de l'emploi des jeunes et des seniors. Ce n'est pas en augmentant le travail effectué au cours d'une année qu'on augmentera celui effectué tout au long de la vie.