«Le mal de dos peut être dû au stress», mais ce n’est pas «psychosomatique»

SANTE François Fillon souffre de mal de dos. Explications de Charley Cohen, rhumatologue, ancien chef de clinique de la faculté de médecine de Paris, président de l’association SOS Mal de dos et auteur de «Mal de dos, halte aux idées reçues» (édition du Dauphin).

Propos recueillis par Valérie Zoydo

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Le Premier ministre, François Fillon, a estimé jeudi que son gouvernement a sorti la France du "relativisme culturel et moral" dans lequel, selon lui, la gauche l'a plongée.
Le Premier ministre, François Fillon, a estimé jeudi que son gouvernement a sorti la France du "relativisme culturel et moral" dans lequel, selon lui, la gauche l'a plongée. — Pierre Verdy AFP

François Fillon souffre de mal de dos. Explications de Charley Cohen, rhumatologue, ancien chef de clinique de la faculté de médecine de Paris, président de l’association SOS Mal de dos et auteur de «Mal de dos, halte aux idées reçues» (édition du Dauphin).

Le Premier ministre souffre d’une sciatique depuis trois semaines, de quoi s’agit-il?
Il y a entre les vertèbres des disques qui ont un rôle d’amortisseur. A l’intérieur du disque se trouve un petit noyau entouré d’un anneau. Il suffit d’un faux mouvement pour que ce noyau sorte. Une des deux racines du nerf sciatique peut alors être comprimée et irritée. Une sciatique est le plus souvent due à une hernie discale, c’est-à-dire une hernie (une bosse) qui comprime le nerf. C’est probablement le cas pour le Premier ministre. Cela peut venir également d’une arthrose évoluée qui comprime le nerf.

Quels sont les symptômes ?
La douleur démarre dans le bas du dos, dans la région lombaire et descend dans la fesse, la cuisse, la jambe et parfois jusqu’au pied avec des fourmillements de certains orteils.

Ce mal de dos serait-il dû à la charge de sa fonction ? Peut-il être psychosomatique ?
Le mal de dos peut être dû au stress, au surmenage, au manque d’exercices… Mais ce n’est pas psychosomatique.

Le Premier ministre doit-il a priori rester immobilisé ? Comment doit-il se soigner?

Le repos au lit strict est désormais déconseillé, car il entraîne une fonte musculaire et une baisse du moral. Le Premier ministre doit cependant mener une activité limitée progressive en évitant les excès et porter une ceinture ou un lombostat qui immobilise la région lombaire. Il doit prendre des antalgiques (des anti-douleurs) et des anti-inflammatoires contre l’inflammation du nerf (qu’on associe à un protecteur de l’estomac). Et le soir, un myorelaxant pour que les muscles se décontractent pendant la nuit.

Et si la douleur est trop forte ?
Il existe un système d’injections locales superficielles multiples à l’endroit même des zones douloureuses : il s’agit d’un mélange d’anti-inflammatoires et d’anesthésique. Une infiltration épidurale sous radio peut également aider. Des médicaments anti-épileptiques agissent aussi sur la douleur du nerf.

Peut-il y avoir des complications ?
C’est exceptionnel, mais il peut arriver le «syndrome de la queue de cheval» qui entraîne des troubles sphinctériens urinaires et une anesthésie de la région du périnée. Cette complication nécessite une opération en urgence. Il existe aussi le risque d’une faiblesse musculaire du pied. Ces symptômes peuvent venir d’emblée ou secondairement.
Le traitement de la sciatique par hernie discale est médical dans un premier temps. On peut discuter une intervention par microchirurgie en cas d’échec du traitement bien conduit pendant 6 à 8 semaines. Le scanner ou la résonance magnétique permettent de voir la hernie discale, qui ne se voit pas dans les radiographies standard.