Levée de bouclier contre le fichier policier Edvige

SOCIETE Associations et syndicats dénoncent le fichage dès 13 ans des personnes jugées «susceptibles de porter atteinte à l'ordre public»...

C. F. Avec agence
— 
Un attentat à l'explosif a causé samedi des dégâts légers à une agence bancaire à Ajaccio (Corse-du-Sud) et aucun blessé n'est à déplorer, a-t-on appris de source policière.
Un attentat à l'explosif a causé samedi des dégâts légers à une agence bancaire à Ajaccio (Corse-du-Sud) et aucun blessé n'est à déplorer, a-t-on appris de source policière. — Pierre Andrieu AFP/Archives

Les critiques à l'égard du fichier policier Edvige s'accumulent. Vingt-quatre organisations de défense des droits des gays et lesbiennes et de lutte contre le sida ont annoncé ce jeudi avoir saisi la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) pour protester contre la possibilité de recenser dès 13 ans des personnes jugées «susceptibles de porter atteinte à l'ordre public».

Les organisations, parmi lesquelles l'Interassociative lesbienne, gaie, bi et transsexuelle (Inter-LGBT, 60 associations), l'Autre Cercle (milieu professionnel privé et public), et Sida Info Service, critiquent notamment la possibilité «de mentionner entre autres “les origines ethniques, l'état de santé et la vie sexuelle” de certains citoyens, notamment ceux ayant un engagement militant».

«Risques de comportements discriminatoires»

Le fichier Edvige (acronyme d'Exploitation documentaire et valorisation de l'information générale policier), dont le décret de création est paru le 1er juillet au journal officiel, contiendra des informations concernant les «individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public». Ces données pourront aussi être collectées sur les personnes «ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique», ou jouant un «rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif».

Les associations mettent en avant les «risques de comportements discriminatoires» qu'entraînerait la constitution de ce fichier, qui selon elles, risque de «rompre avec la pratique établie par le décret du 14 janvier 1991 qui ne prévoyait aucune collecte d'informations relatives à l'orientation sexuelle ou à l'état de santé».

Une pétition a également été lancée le 10 juillet par le Groupe d'intervention et de soutien aux travailleurs immigrés (Gisti), la FCPE et le Syndicat de la magistrature (SM). «Sans exception, toutes les personnes engagées dans la vie de la cité sont donc visées», estiment les signataires, parmi lesquels on trouve également Attac, la FSU, Agir contre le chômage ou Attac.

Un recours va être déposé devant le conseil d'Etat

«Les mineurs ne seront pas épargnés puisque, fait sans précédent dans notre République et particulièrement choquant, leur fichage sera autorisé dès l'âge de 13 ans et cela sans qu'aucune infraction n'ait été commise et sur la seule base de leur dangerosité présumée», ajoute la pétition, qui avait recueilli mardi plus de 8.500 signatures.

Cinq syndicats (CGT, FSU, Solidaires, Syndicat des avocats de France, Syndicat de la magistrature) et la Ligue des droits de l'Homme ont quant à eux annoncé le 10 juillet qu'ils déposeraient à la rentrée un recours devant le Conseil d'Etat pour obtenir l'annulation du décret gouvernemental du 1er juillet. Les six organisations prévoient aussi à la rentrée «des actions de sensibilisation de l'opinion».