«La burqa et le voile, ce n'est pas du tout la même chose»

INTERVIEW Olivier Roy, spécialiste de l'Islam, réagit aux propos de Fadela Amara...

Propos recueillis par Catherine Fournier

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Une femme en burqa lors d'une manifestation à La Haye (Pays-Bas), le 30 novembre 2006
Une femme en burqa lors d'une manifestation à La Haye (Pays-Bas), le 30 novembre 2006 — REUTERS/Toussaint Kluiters

Olivier Roy, politologue français, spécialiste de l'Islam, réagit aux propos de Fadela Amara, qui a affirmé ce mercredi que le voile et la burqa, «c'est la même chose».

Partagez-vous l'avis de la secrétaire d'Etat à la Ville, qui estime que seuls quelques centimètres de tissus différencient le voile de la burqa?

Non, car ces deux mots recouvrent des réalités très différentes. Le voile est un habit traditionnel qui masque les cheveux et les épaules. Il y a débat entre les théologiens musulmans pour savoir s'il doit être obligatoire ou pas. Certains affirment que dans le Coran, il n'était réservé qu'aux femmes du prophète, d'autres considèrent qu'il doit être porté par toutes les femmes. La burqa est une invention récente du mouvement salafiste dans le Golfe et au Pakistan. Elle date d'une vingtaine d'années.

Même celle portée en Afghanistan?

Non, la burqa afghane laisse les pieds et les mains nues. Avec la burqa salafiste, portée par certaines femmes musulmanes en Occident, les mains sont gantées, les pieds recouverts. Des lunettes de soleil complètent même la tenue. C'est l'enfermement total.

Vous soutenez donc la récente décision du Conseil d'Etat, qui a validé un décret refusant la nationalité française à une Marocaine portant la burqa?

Oui, cette décision est très claire. Et il n'y a pas de confusion possible avec le voile. Même si le droit français proscrit le port du voile dans des circonstances particulières, comme à l'école ou dans le cadre de certaines activités professionnelles, il ne le considère pas comme un obstacle à l'intégration, à l'inverse de la burqa. La seule chose qui me gêne dans cette affaire, c'est que le décret fait référence à l'inégalité homme-femme. Or, au final, c'est la femme, soumise à son mari français, qui se retrouve privée de la nationalité française.