Libre-service dans les pharmacies: «Faciliter l'accès aux médicaments n'est pas judicieux»

INTERVIEW Philippe Pignarre est l'éditeur des Empêcheurs de penser en rond. Ancien cadre de Sanofi, il réagit au décret autorisant la vente en libre-service de plus de 200 médicaments...

Recueilli par Jade Gilles et Angeline Benoit
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Le ministère de la Santé a présenté mardi une liste de plus de 200 médicaments, vendus sans ordonnance et non-remboursables, qui pourront désormais être proposés en accès libre dans les pharmacies, aux termes du décret publié le même jour au Journal officiel.
Le ministère de la Santé a présenté mardi une liste de plus de 200 médicaments, vendus sans ordonnance et non-remboursables, qui pourront désormais être proposés en accès libre dans les pharmacies, aux termes du décret publié le même jour au Journal officiel. — Bertrand Guay AFP

Philippe Pignarre est l'éditeur des Empêcheurs de penser en rond Ancien cadre des laboratoires Sanofi, il réagit au décret autorisant la vente en libre-service de plus de 200 médicaments... Interview.
 
Le décret autorisant la vente de médicaments en «libre-service» dans les pharmacies a été publié mardi au Journal officiel. Mais contrairement à ce qui était prévu, aucun médicament remboursable ne sera en libre-service. Quel impact pour le patient?

Les produits non remboursés sont globalement plus chers. Ils sont surtout moins efficaces car, dans l’ensemble, un médicament non remboursé est un médicament qui le plus souvent n’a pas suffisamment «fait ses preuves» pour justifier d’un remboursement par la Sécu. Il est donc effectivement préférable de privilégier les produits remboursables, dont une grande partie ne nécessitent pas d’ordonnance du médecin.
 
Mais, trouve-t-on des médicaments remboursés, disponibles sans ordonnance et correspondant à tous les types de médicaments proposés en libre-service?

C’est possible dans un grand nombre de cas. Aujourd’hui, déjà, vous avez le choix entre de l’Aspégic remboursable et de l’Aspégic non pris en charge par la Sécu. Rien ne diffère entre les deux formes. Or, même sans passer par le médecin, vous avez intérêt à prendre celle qui est remboursable, car l’Etat en fixe le prix. Ce n’est pas le cas de l’autre. Pas étonnant qu’avec des prix libres, l’industrie pharmaceutique trouve aussi un intérêt à défendre les médicaments non remboursés.
 
L’automédication peut-elle être dangereuse?

Le fait de faciliter l’accès aux médicaments n’est pas judicieux, dans la mesure où les Français en consomment déjà excessivement. Aux Pays-Bas, on en consomme six fois moins! De plus, certains médicaments doivent être manipulés avec prudence. Ainsi, le paracétamol, pourtant considéré comme inoffensif, peut s’avérer très dangereux si l’on en fait une consommation quotidienne, pouvant entraîner de graves problèmes rénaux.