Drame de Carcassonne: le point sur les faits et l'enquête lundi soir

SYNTHESE 20minutes.fr fait le point sur l'enquête et les questions qui se posent toujours...

Kéthévane Gorjestani avec V.Z

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Les enquêteurs privilégiaient lundi la thèse de l'accident au lendemain du drame dans une caserne à Carcassonne, lorsqu'un soldat a tiré sur le public à balles réelles, au lieu de balles à blanc, faisant 17 blessés dont quatre graves.
Les enquêteurs privilégiaient lundi la thèse de l'accident au lendemain du drame dans une caserne à Carcassonne, lorsqu'un soldat a tiré sur le public à balles réelles, au lieu de balles à blanc, faisant 17 blessés dont quatre graves. — Eric Cabanis AFP

Dimanche, en fin d’après-midi, un militaire a ouvert le feu à balles réelles pendant une démonstration lors d’une journée portes ouvertes du 3e RPIMa dans une caserne de Carcassonne faisant 17 blessés.

Acte involontaire ou geste criminel?
Selon le procureur de la République de Montpellier, Brice Robin, le militaire à l'origine des tirs aurait agi «involontairement», par «maladresse», «absolument pas de manière préméditée». Le drame est la conséquence d'une «erreur humaine». Seule certitude: ses tests d'alcoolémie se sont révélés négatifs. D'autres tests pour retrouver des traces éventuelles de stupéfiants sont en cours.

Pourquoi le militaire était-il en possession de balles réelles lors d’un exercice avec des balles à blanc?
«Ces balles (réelles) provenaient d'un résidu de tirs d'une opération datant de fin juin, a précisé le procureur. Il n'était pas normal qu'il ait ces balles sur lui. C'est bien pour cela qu'il est en garde à vue.» Et d’ajouter: «L'étude de la chaîne d'éventuelles autres responsabilités se fera dans un deuxième temps. C'est pourquoi on ouvre une information judiciaire afin que le juge d'instruction puisse sérieusement définir les différentes responsabilités éventuelles.»

Pourquoi le militaire a-t-il tiré sur la foule?
«En principe, il n’y a jamais de tirs à blanc en direction de la foule. Les militaires doivent tirer parallèlement à la foule... En tant qu’ancien chef de corps, je ne l’aurais jamais autorisé», explique Jean-Vincent Brisset, ancien général de la brigade aérienne. L’exercice consistait à «extraire un otage». Les soldats reculaient deux par deux, et c'est en se retirant que le sergent a dirigé son arme contre un adversaire potentiel. La justice devrait éclaircir la raison pour laquelle «le supposé ennemi est sorti de la foule au milieu notamment de jeunes enfants qui étaient dans des poussettes», a déclaré le procureur.

Quelles sont les sécurités utilisées lors de l’utilisation de balles à blanc sur un Famas?
Normalement, un fusil préparé pour tirer à blanc ne peut pas tirer des balles réelles. «Pour tirer à blanc, le Famas doit être équipé d’un bouchon de tir à blanc (BTB), selon Jean-Vincent Brisset, ancien général de Brigade aérienne et directeur de recherche à l’Iris.» Si on tire à balles réelles avec un BTB, l’arme explose, mais on peut retirer soi-même le BTB.
Selon le Sirpa, le service de presse de l'armée, les règles de sécurité étaient respectées, puisque l'opération a eu lieu sur un terrain de démonstration de 500 mètres de larges. La foule était également maintenue à distance derrière une grille... Mais «personne n'aurait pû prévoir que des balles réelles seraient utilisées car par définition, c'est interdit. C'est incompréhensible», déclare le Sirpa.

Comment les soldats apprennent à se servir des armes?

«Par définition, on apprend au soldat à être responsable de son arme», explique le Sirpa. Ainsi, la base du métier repose en principe sur les consignes de sécurité. «Le soldat commence son apprentissage par toutes les mesures de sécurité, on lui enseigne ensuite les techniques de tir et à viser juste», insiste le Sirpa.

Les balles à blanc et les balles réelles sont-elle identiques?
Non, elles sont d’aspect différent et sont rangées à des endroits différents. Pour les munitions réelles, l’étui est de couleur kaki et la balle d’aspect cuivré. Pour les munitions à blanc, l’étui est de couleur aluminium et ne comporte pas de balles. L’utilisation des balles réelles est limitée à trois cas, selon le colonel Benoît Royal: «Un exercice sur un champs de tir prévu à cet effet; la garde d'un point sensible ou l'accompagnement d'un convoi; et les rondes de surveillance dans le cadre du plan Vigipirate.»
«La distribution des armes est réglementée. C’est l’armurier qui donne l’arme et les munitions aux soldats. Mais, en prenant son arme, le soldat doit toujours vérifier ce qu’on lui donne, il est responsable de son arme et de ses munitions.»

Une enquête a-t-elle été ouverte?
Deux enquêtes, l’une judiciaire et l’autre militaire, ont été ouvertes dimanche soir pour faire la lumière sur cet événement.

Où en est l'enquête judiciaire?
En garde à vue depuis dimanche soir, le militaire devrait être présenté mardi devant un juge d'instruction à Montpellier. Les trois autres soldats retenus ont été relâchés lundi midi. «Nous demanderons qu'il soit mis en examen pour le délit de blessures involontaires ayant entraîné une incapacité totale supérieure à trois mois», a déclaré le procureur. Il a ajouté qu'il retiendrait «vraisemblablement une circonstance aggravante», insistant sur le fait que le militaire avait «violé les règles de sécurité».

Où en est l'enquête militaire?
Le chef d'état-major de l'armée de terre, le général Bruno Cuche, a ouvert lundi après-midi une «enquête de commandement». Elle sera menée par le général de corps d’armée, François-Pierre Joly, commandant de la région terre sud-est. Il dispose d’un «délai de l'ordre d'une semaine pour remettre son rapport» qui devra «définir les dysfonctionnements et déterminer les responsabilités», a précisé le colonel Royal. Le général Joly mènera parallèlement une «enquête technique portant sur le matériel de tir.»

De quels élément la justice dispose-t-elle pour recoller les morceaux de l'accident?
La justice dispose de films tournés lors de la fusillade. L’un, pris en temps réel par un militaire présent, montre que le sergent «s'est trompé lorsqu'il a rechargé son arme». «Quand on voit le film, a déclaré le procureur, on comprend très bien que (le sergent) a à peu près un dixième de seconde pour enlever le chargeur initial, dont il a tiré les 25 balles et recharger.» «Il avait sur lui plusieurs chargeurs, le malheur a voulu qu'il choisisse par réflexe un chargeur qui était dans une poche et qui malheureusement contenait des balles réelles», a ajouté le procureur qui a martelé que le militaire avait tiré «involontairement».

Qu’en est-il des blessés ?
Quinze civils (dont 5 enfants) et deux militaires, ont été blessés dimanche, dont quatre grièvement. «Alors qu’hier, pour deux d’entre eux, le pronostic vital pouvait être engagé, aujourd'hui, c’est un peu plus satisfaisant. Ils ont été opérés dans la nuit et il n’y a plus personne qui soit menacé», a déclaré le préfet de l'Aude Bernard Lemaire. Neuf personnes, dont quatre enfants, étaient toujours hospitalisées, lundi soir.