«En principe, il n'y a jamais de tirs à blanc en direction de la foule»

INTERVIEW A l’occasion d’une journée portes ouvertes de la caserne du 3e Régiment parachutiste de marine (RPIMa) à Carcassonne, une bavure a eu lieu lors d’une démonstration de libération d’otages. 17 personnes ont été blessées dans une fusillade. Explications de de Jean-Vincent Brisset, ancien général de Brigade aérienne et directeur de recherche à l’IRIS.

Propos recueillis par Valérie Zoydo

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Les armées se préparent à un gigantesque plan social après l'annonce mardi par le président Nicolas Sarkozy de la suppression de 54.000 des 320.000 postes civils et militaires de la défense dans les six ou sept prochaines années, soit une diminution de 17%.
Les armées se préparent à un gigantesque plan social après l'annonce mardi par le président Nicolas Sarkozy de la suppression de 54.000 des 320.000 postes civils et militaires de la défense dans les six ou sept prochaines années, soit une diminution de 17%. — Eric Cabanis AFP/Archives

A l’occasion d’une journée portes ouvertes de la caserne du 3e Régiment parachutiste de marine (RPIMa) à Carcassonne, une bavure a eu lieu lors d’une démonstration de libération d’otages. 17 personnes ont été blessées dans une fusillade.
Interview de Jean-Vincent Brisset, ancien général de Brigade aérienne et directeur de recherche à l’IRIS.

Quel est l’objectif d’une journée portes ouvertes dans une caserne ?
Le régiment ouvre ses portes pour faire des démonstrations de ses activités, il y a des parcours pour les enfants… Cela ressemble à un meeting aérien, comme au Bourget par exemple.

Est-ce une mission du RPIMA de simuler une prise d’otage?
Ce n’est pas forcément de leur ressort mais le RPIMA peut avoir à faire ce type d'actions en opérations extérieures . Normalement cela concerne plus le GIGN.

Les militaires ont-ils le droit de tirer à blanc en direction de la foule?
En principe, il n’y a jamais de tirs à blanc en direction de la foule. Les militaires doivent tirer parallèlement à la foule... En tant qu’ancien chef de corps, je ne l’aurais jamais autorisé.

Dans quelles conditions les militaires sont-ils autorisés à utiliser des balles réelles ?
Les munitions de combat sont utilisées sur le champ de tir ou dans un stand de tir. Mais on compte les balles au départ et à l’arrivée. Ce n’est pas le Farwest ! Les militaires qui prennent des gardes peuvent également en faire usage. Les armes sont approvisionnées mais il y a une comptabilité très rigoureuse. Enfin, les patrouilles «vigipirate» sont également amenées à utiliser des balles réelles.

Est-il facile pour les militaires de se procurer des balles réelles?
Vous ne pouvez pas empêcher des gens qui utilisent des munitions d’en mettre dans leurs poches. C’est malheureusement possible.

Comment se passe une enquête en milieu militaire? Existe-t-il une police spéciale?
L’armée de l’air dispose d’une brigade de gendarmerie sur sa base. Quant à l’armée de terre, dont il est ici question, elle n’a pas de gendarmerie, donc ce sont des autorités de police externes qui font l'enquête. Ce qui est plus embarrasant pour l'armée de terre. Lorsque l’extérieur intervient, cela peut en lumière d’autres dysfonctionnements. Surtout que dans une société de 1.000 personnes, il se passe toujours des choses illégales…

Y-a-t-il déjà eu un accident de ce type?
Cet événement me fait penser à l’accident de Ramstein, une des plus grandes catastrophes aériennes, à l’occasion d’un meeting aérien. C’était il y a 20 ans. Trois appareils militaires de la patrouille aérienne italienne Frecce Tricolori se sont percutés… On ne survole plus la foule depuis longtemps, mais depuis Ramstein on ne vole plus face à la foule.

Cet article a été corrigé à la demande de Jean-Vincent Brisset.