« On fait appel à de petites mains comme moi pour le sale boulot »

Recueilli par D. C. - ©2008 20 minutes

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Patrick Baptendier

Auteur d'Allez-y, on vous couvre ! (Editions du Panama).

Après vingt-deux ans dans la gendarmerie, vous avez travaillé pour la DST. Comment passe-t-on de gendarme à barbouze ?

Si on regarde le paysage du renseignement privé, on trouve à la tête des entités de recherches d'anciens policiers, gendarmes, militaires, agents des douanes ou des impôts... C'est une reconversion assez facile et logique.

Sauf qu'il y a une part d'illégalité...

Il faut arrêter l'hypocrisie, ce qui fait votre valeur ajoutée, c'est votre réseau relationnel. Je vois mal une agence de recherches ne faire que des filatures sans avoir besoin de faire identifier un numéro de plaque minéralogique. Les entreprises d'intelligence économique ont mis en place des chartes éthiques que personne ne respecte : elles font appel à de petites mains comme moi pour faire le sale boulot.

Vous dites avoir espionné des salariés de Vivendi pour Jean-René Fourtou, lors de son arrivée à la tête de l'entreprise. Pourquoi ?

Jean-Marie Messier venait d'être débarqué et Fourtou se retrouvait entouré de collaborateurs qu'il ne connaissait pas, à des postes sensibles. Savoir sur qui on peut compter est légitime pour un patron, mais il n'aurait jamais eu de réponse sans en passer par une part d'illégalité.

Peut-on refuser de travailler pour la DST ?

Ça dépend comment on vous présente les choses. Quand j'ai monté ma propre structure, dès la fin de la première mission, j'étais déjà dans les mains de la DST qui me demandait de la prévenir de ma prochaine mission. Je ne l'ai pas fait, mais elle l'a su quand même.

Vous vous posiez des questions éthiques ?

Quand on travaille pour la DST, on sait qu'on va intervenir pour des intérêts privés, mais aussi qu'on va apporter quelque chose à l'Etat. Mes responsabilités, je les ai prises. Ce n'est pas le cas de la DST et de la justice qui ne reproche rien aux boîtes privées qui m'ont fait travailler. Je ne suis que l'arme. Au bout, il y a un com­man­ditaire.

Pourquoi la DST ne vous soutient-elle pas ?

Elle a une toute-puissance qui lui permet de nier l'évidence afin de protéger un système archaïque. Cela pourrait remettre en cause beaucoup de choses.

Vous expliquez aussi que la DST vous demandait des renseignements sur Nicolas Sarkozy en pleine affaire Clearstream... Pourquoi et pour qui ?

Je ne veux pas entrer dans des suppositions. J'ai remis un rapport sur l'affaire des frégates de Taïwan à la DST. Ensuite, elle m'a demandé si j'avais des choses sur Sarkozy. On me l'a demandé par téléphone alors que j'étais sur écoute, mais ces questions ne sont pas dans le dossier d'instruction pour cause de mystérieuses coupures de ligne.