Carcassonne: ouverture d'une «enquête de commandement»

Sandrine Cochard

— 

Selon une source de la gendarmerie nationale, "des armes ont été saisies et mises sous scellé, et les auditions de plusieurs personnes ont débuté". "Toutes les hypothèses sont envisagées", a ajouté cette source.
Selon une source de la gendarmerie nationale, "des armes ont été saisies et mises sous scellé, et les auditions de plusieurs personnes ont débuté". "Toutes les hypothèses sont envisagées", a ajouté cette source. — Eric Cabanis AFP

Le chef d'état-major de l'armée de terre, le général Bruno Cuche, a ouvert lundi après-midi une «enquête de commandement», au lendemain de la fusillade qui a fait 17 blessés lors de portes ouvertes dans une caserne de Carcassonne, a indiqué le chef du Sirpa-terre, le colonel Royal.

L’enquête de commandement sera menée par le général de corps d’armée, François-Pierre Joly, commandant de la région terre sud-est. Il dispose d’un «délai de l'ordre d'une semaine pour remettre son rapport» qui devra «définir les dysfonctionnements et déterminer les responsabilités», a précisé le colonel Royal. Il ajoute que «le niveau de l'autorité choisie pour mener l'enquête de commandement, rarissime, prouve l'importance accordée à cette enquête.»

Le général Joly mènera parallèlement une «enquête technique portant sur le matériel de tir.»

Un acte involontaire

En attendant, la piste de l’acte involontaire privilégiée. Selon le procureur de la République de Montpellier, Brice Robin, le militaire à l'origine des tirs aurait agi «involontairement», par «maladresse», «absolument pas de manière préméditée». Le drame est la conséquence d'une «erreur humaine», a-t-il déclaré lundi à Carcassonne.

L'info se construit avec vous. Si vous étiez sur place au moment de la fusillade, envoyez-nous vos témoignages et vos vidéos par MMS au 33320 ou par mail au 33320 @ 20minutes.fr.

En garde à vue depuis dimanche soir, le militaire devrait être présenté mardi devant un juge d'instruction à Montpellier. Les trois autres soldats retenus ont été relâchés lundi midi. «Nous demanderons qu'il soit mis en examen pour le délit de blessures involontaires ayant entraîné une incapacité totale supérieure à trois mois», a déclaré le procureur. Il a ajouté qu'il retiendrait «vraisemblablement une circonstance aggravante», insistant sur le fait que le militaire avait «violé les règles de sécurité».

Un enchaînement d’erreurs

Car le soldat a tiré avec plusieurs balles réelles lors d’un exercice avec des balles à blanc. Comment a-t-il pu les tirer sur une foule? «Ces balles (réelles) provenaient d'un résidus de tirs d'une opération datant de fin juin, a précisé le procureur. Il n'était pas normal qu'il ait ces balles sur lui. C'est bien pour cela qu'il est en garde à vue.» Et d’ajouter: «L'étude de la chaîne d'éventuelles autres responsabilités se fera dans un deuxième temps. C'est pourquoi on ouvre une information judiciaire afin que le juge d'instruction puisse sérieusement définir les différentes responsabilités éventuelles.»

Deux enquêtes, l’une judiciaire et l’autre militaire, ont été ouvertes dimanche soir pour faire la lumière sur cet évènement. Car plusieurs inconnues demeurent: pourquoi le soldat avait-il conservé des balles réelles alors que tous les soldats doivent remettre les cartouches non utilisées? Pourquoi n'a-t-il pas vérifié son chargeur avant d'y insérer des balles à blanc qu'il s'apprêtait à tirer sur des civils? Le militaire avait-il équipé son Famas d'un bouchon de tir à blanc?

Geste criminel?

«Les anciens du régiment trouvent ça bizarre, parce qu’en principe quand on tire à blanc, on met un BTB (bouchon de tire à blanc) pour tirer en rafale, a confié à 20minutes.fr un ancien parachutiste. Si on tire à balles réelles avec le BTB, l’arme explose.» Et d’ajouter : «La distribution des armes est réglementée. C’est l’armurier qui donne l’arme et les munitions aux soldats. Mais, en prenant son arme, le soldat doit toujours vérifier ce qu’on lui donne, il est responsable de son arme et de ses munitions.»

D'autant que l'auteur des coups de feu est un sergent expérimenté du 3e RPIMa, âgé de 25 à 30 ans et excellemment noté et très apprécié par ses supérieurs et ses subordonnés.

Des films de la fusillade

Pour recoller les morceaux de l'accident, la justice dispose de films tournés lors de la fusillade. L’un, pris en temps réel par un militaire présent, montre que le sergent «s'est trompé lorsqu'il a rechargé son arme». «Quand on voit le film, a déclaré le procureur lors d'un point de presse à Carcassonne, on comprend très bien que (le sergent) a à peu près un dixième de seconde pour enlever le chargeur initial, dont il a tiré les 25 balles et recharger.» «Il avait sur lui plusieurs chargeurs, le malheur a voulu qu'il choisisse par réflexe un chargeur qui était dans une poche et qui malheureusement contenait des balles réelles», a ajouté le procureur qui a martelé que le militaire avait tiré «involontairement».

Seule certitude: ses tests d'alcoolémie se sont révélés négatifs. D'autres tests pour retrouver des traces éventuelles de stupéfiants sont en cours.

11 soldats en garde à vue

11 militaires ont été interrogés en garde à vue, dimanche soir, avant que sept d'entre eux ne soient relâchés vers 3h, tôt lundi matin. Les trois derniers ont été relâchés lundi midi alors que l'auteur des coups de feu reste en garde à vue.