Meurtre de Nelly Crémel: «Ma mère était mon héroïne, elle devenue mon ange gardien»

PROCES La fille de la victime était à la barre, ce mardi...

A Melun, Carole Bianchi

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D'après l'accusation, les deux hommes auraient rencontré Nelly Crémel par hasard alors qu'elle faisait un footing matinal, l'aurait contrainte à monter dans leur véhicule, puis l'aurait tuée après lui avoir dérobé ce qu'elle avait sur elle, une montre, vingt euros.
D'après l'accusation, les deux hommes auraient rencontré Nelly Crémel par hasard alors qu'elle faisait un footing matinal, l'aurait contrainte à monter dans leur véhicule, puis l'aurait tuée après lui avoir dérobé ce qu'elle avait sur elle, une montre, vingt euros. — AFP/Archives

Petites lunettes discrètes sur le nez, grandes boucles d’oreille et cheveux châtains tombant sur les épaules, Céline a tout de l’allure d’une ado de 14 ans et des poussières. Mais la fille de Nelly Crémel, tuée dans un bois de Reuil-en-Brie en 2005 pour 20 euros et une montre, a la maturité d’une adulte.
Il y a deux mois, elle a pris la décision de venir témoigner ce mardi au procès des assassins présumés de sa mère, qui se tient depuis le 9 juin devant la cour d’assises de Seine-et-Marne, à Melun.

Un enterrement dans la douleur

Elle voulait rendre hommage «à celle qui lui a donné la vie» et dire à Serge Mathey et Patrick Gateau, impassibles dans le box des accusés, combien sa maman lui manque. Cruellement. C’était la première fois que Céline assistait à un procès de sa vie. Au côté de son père, présent pour la soutenir, la jeune collégienne, vêtue d’un jean et d’un pull noir raconte: «Avec ma maman, on était très proches. On faisait tout ensemble, de la peinture…On regardait des films.»

«Pendant les recherches, j’étais persuadée qu’elle allait revenir. A mes yeux, on allait la retrouver. Et puis, quand papa m’a dit qu’on l’avait retrouvée, je n’ai pas réalisé qu’il n’y aurait plus de maman, plus de câlins, plus de soutien.»

La voix tremblante, elle poursuit. «J’ai réalisé à l’enterrement. On voit un cercueil qui descend, ça fait drôlement mal. Plus le temps passe et plus on se rend compte qu’on ne reverra pas maman.»

Pas de revanche, ni de haine dans son intervention. «Pour ce qui est des malfrats, dit-elle à l’avocate de la famille, Me Catherine Bahuchet, je leur en voudrais tout le temps. Mais je ne veux pas me venger. Ma vie n’en serait que pire.»

«Ma copine en savait plus que moi»

A l’époque des faits, Céline a 12 ans. Elle est la première à remarquer l’absence anormale de sa mère et prévient son père. Mise à l’écart pendant les quelques jours de recherches pour la préserver, Céline va finalement en souffrir. «Ce qui m’a marquée, c’est que ma copine en savait plus que moi», écrit-elle dans une lettre à l’avocate.

Alors, dès que l’occasion se présente, la jeune fille écrit pour tenter de faire le deuil de sa mère. A l’école, elle se sert de son vécu pour argumenter ses devoirs. Dans l’un d’entre eux, il fallait raconter un «moment qui a vous a particulièrement marqué, drôle ou triste». Céline y décrit sa première leçon de peinture à l’huile avec sa mère. «Tu étais mon idole, ma super héroïne, celle qui m’avait mise au monde… Aujourd’hui, tu es mon ange gardien.» Elle récoltera un 18 sur 20 avec l’annotation suivante: «C’est un bel hommage dit avec tout votre cœur. Je vous conseille de garder avec vous cette copie.»

Dire toute la vérité aux enfants

Une autre fois, c’est un débat qui est lancé. «Faut-il dire toute la vérité aux enfants?» «J’étais la seule contre trois à être pour. Quand les autres donnaient un exemple avec le Père Noël, je racontais que j’avais souffert que mon père ne me dise pas tout», note-t-elle encore dans une lettre. Ce mardi, au procès, Céline a entendu les détails les plus sordides sur l’assassinat de sa mère: «le visage disloqué» par les coups de rondin et de fusil, ou encore l’interrogatoire de son père, qui, dans un premier temps, devient le premier suspect.

La tête appuyée contre l’épaule de son papa, Céline a accusé le coup et est restée digne. Face à elle, Serge Mathey et Patrick Gateau n’ont pas eu le courage de lever les yeux.

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