«Sympa», ou les facs financées en fonction de leurs performances

EDUCATION Un rapport présenté au Sénat entend révolutionner le système de financement des universités: moins d'argent pour les filières aux «débouchés limités», plus pour les filières utiles...

Laure de Charette

— 

Les trois universités d'Aix-Marseille ont annoncé samedi qu'elles avaient décidé de s'unir pour former d'ici deux ans l'une des plus grosses universités françaises, Aix-Marseille Université, qui aura quelque 70.000 étudiants et couvrira "la totalité des champs disciplinaires".
Les trois universités d'Aix-Marseille ont annoncé samedi qu'elles avaient décidé de s'unir pour former d'ici deux ans l'une des plus grosses universités françaises, Aix-Marseille Université, qui aura quelque 70.000 étudiants et couvrira "la totalité des champs disciplinaires". — Boris Horvat AFP/Archives

Et si les facs devaient prouver qu’elles ne forment pas que des chômeurs pour être convenablement financées par l’Etat? C’est un peu l’idée du rapport rendu public mercredi au Sénat.

«Sympa»

Dans le cadre d’une révision du système actuel de financement des facs, dit «San Remo», souhaitée par le ministère de l’Enseignement supérieur, six sénateurs proposent un nouveau système de répartition des moyens à la performance et à l’activité, dit «Sympa».

L’objectif est de répartir avec plus d’équité qu’aujourd’hui le gâteau — 8,5 milliards d’euros — entre les universités. Comment? En augmentant notamment l’enveloppe des facs dont la formation est «performante».

Comprendre, celles qui garantissent à leurs étudiants le meilleur taux d’insertion professionnelle, à 6 mois et à 3 ans, la plus forte poursuite d’études après la licence, mais aussi le niveau de salaire le plus élevé ou la plus forte proportion de diplômés ayant le statut cadre. Le tout «tenant compte de l’origine socio-économique des étudiants», précise Jean-Léonce Dupont, sénateur centriste.

Filières compromises

Il n’empêche : c’est une sacrée révolution. Le sort des filières aux débouchés «limités» — sociologie, ethnologie, archéologie — est dès lors clairement compromis. Un sénateur précise qu’à terme, «il n’y aura plus qu’un pôle d’excellence de grec ancien, à la Rochelle, au lieu de plusieurs répartis sur tout le territoire aujourd’hui».

Le rapport suggère que 13,5% des crédits de fonctionnement soient alloués dès l’an prochain en fonction du critère de performance, contre 3% aujourd’hui, et que le pourcentage grimpe au fil des ans. Même si la «mise en œuvre effective» du critère se ferait en 2012.

Par ailleurs, l’activité de l’université rentrera aussi dans le calcul. Le rapport soutient l’idée d’un «forfait étudiant», versé non plus au prorata du nombre d’inscrits, mais au vu du nombre réel d’étudiants présents aux partiels.

Ce qui inciterait la fac à lutter contre le décrochage en cours d’année. Et l’empêcherait du même coup de faire grimper artificiellement sa dotation grâce aux 10 à 30% d’étudiants fantômes qui disparaissent chaque année aussitôt inscrits.

«La bonne direction» du ministère

De quoi faire bondir George Molinié, président de Paris-IV Sorbonne, qui nous confiait récemment : «On forme des esprits, pas des professionnels. Les entreprises le font très bien en six mois».

Le ministère, contacté mercredi par 20Minutes.fr, a dit étudier le rapport mais confirme déjà que «la culture du résultat, de la performance est tout-à-fait dans la direction que nous souhaitons prendre».

Que pensez-vous de cette proposition? Faut-il sacrifier les filières aux débouchés limités?