Des couacs, des clashs et … des débats à l’UMP

POLITIQUE En réponse à la grogne des dernières semaines, Nathalie Kosciusko-Morizet lance mardi prochain une nouvelle formule de débat. Explications d’une fronde qui n’a cessé d’enfler...

Valérie Zoydo

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Une UMP "plus en phase" avec l'électorat: c'est ce qu'a promis son secrétaire général Patrick Devedjian, au lendemain de la sévère défaite subie par le parti présidentiel où des voix s'élèvent pour demander de "rectifier le tir".
Une UMP "plus en phase" avec l'électorat: c'est ce qu'a promis son secrétaire général Patrick Devedjian, au lendemain de la sévère défaite subie par le parti présidentiel où des voix s'élèvent pour demander de "rectifier le tir". — Pierre Verdy AFP
Ils s’envoient des piques par médias interposés et ne parviennent plus à se mettre d’accord. Il ne s’agit pas du PS mais bien de l’UMP. La fronde se poursuit dans les rangs du parti majoritaire, avec en ligne de mire: Patrick Devedjian, son chef. Et ce, devant des adhérents lassés, qui finissent par tourner le dos au parti… A ce jour, plus de 130.000 militants n’ont pas encore renouvelé leur adhésion. Ils n’en restent plus que 200.000.

Pour tenter de calmer les querelles internes, Nathalie Kosciusko-Morizet, récemment nommée secrétaire générale adjointe de l'UMP va proposer mardi prochain de mettre en place une nouvelle formule de débat appelée à juste titre «controverses». Elle souhaite redonner la parole aux militants sur les grands thèmes de demain, tels que la bioéthique, la fin de vie... En somme, parler sans tabou de ce qui oppose. Que s’est-il donc passé à l’UMP, pour en arriver là ? Explications.

Depuis quelques semaines, certaines sorties commençaient à faire désordre…

Christine Boutin, la ministre du Logement, issue de l’UDF et présidente depuis 2002 du Forum des républicains sociaux a profité de son conseil national, samedi dernier, pour fustiger le parti. L’UMP «est en train de redevenir un parti replié sur lui-même. (…) (S’il) reste l’expression unique de l’ancien RPR, (il) fera 15-17% aux élections européennes et régionales», a-t-elle menacé.

«Christine Boutin avait besoin d’être applaudie devant ses militants…», répond à 20 minutes.fr Dominique Paillé, porte parole de l’UMP. «Mais elle sait qu’elle est la bienvenue pour venir débattre avec nous jeudi prochain lors de la convention sociale. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour favoriser le pluralisme d’expression. » L’UMP va d’ailleurs mettre en place «un forum décentralisé du conseil national, et l’organisation de conventions pour débattre».

Les municipales, responsables du malaise

Mais Christine Boutin n’a pas été la seule à se plaindre… Deux autres parlementaires issus de l’UDF, Claude Goasguen et Hervé de Charette, souhaitent l’instauration de courants au sein de l’UMP. Pour l’instant, ils co-président le club de réflexion Convention démocrate. Hervé de Charette est même allé jusqu’à reprocher à Patrick Devedjian sa «direction Brejnévienne». «Je connais le prix des états d’âmes de M. de Charette, il est de 600.000 euros», a rétorqué ce dernier en allusion au montant de la subvention refusée par l’UMP à la «Convention Démocrate».

Cette grogne ne date pas d’aujourd'hui. Elle a pris racine au début du quinquennat avec les premières réformes controversées comme le paquet fiscal et elle a atteint son paroxysme après l’échec des municipales… «Il fallait trouver un responsable», explique une militante de l’UMP à 20 minutes.fr. Véritable machine de guerre électorale, le parti majoritaire semble aujourd’hui se chercher un but. «Pendant l’élection présidentielle, il y avait une totale unité autour d’un homme pour gagner. Aujourd’hui c’est l’aboutissement de ce projet…», renchérit-elle.

240 dissidents sanctionnés par le parti

Sans oublier le casse des têtes des investitures aux municipales et les dégâts causés par les parachutages: «J’ai été délégué de circonscription UMP-RPR depuis 10 ans. Deux heures avant que la commission n’élise les têtes de liste, on m’a appris que je n’étais plus candidat!», explique Raoul Delamare à 20 minutes.fr. Devenu candidat dissident dans le 20e à Paris, il a fini par faire un meilleur score que le candidat UMP. Cela lui a valu une suspension du parti. Et il n’est pas isolé dans ce cas: 240 dissidents ont été sanctionnés lors du bureau politique de l’UMP qui a eu lieu le 9 avril. «On est en Chine!» avait alors réagi le député villepeniste Georges Tron, consterné par les méthodes du parti, un nom, une sanction, étant énoncés dans une longue liste à voix haute. Et Raoul Delamare de conclure:« On méprise les militants et on ne prend pas en compte la position des adhérents. On continue d’appliquer des méthodes de l’Ancien Régime».