Mariage annulé: «L'Etat français a un devoir d'ingérence dans les religions»

INTERVIEW Olivia Cattan, présidente de Paroles de femmes, répond à 20minutes.fr...

Propos recueillis par Catherine Fournier

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Olivia Cattan, présidente de l'association de Paroles de femmes et co-auteur de «La femme, la République et le bon Dieu» (Presses de la Renaissance), répond à 20minutes.fr au sujet de l'affaire du mariage annulé...

Selon Najat Belkacem (PS), cette affaire a «stigmatisé» la communauté musulmane alors qu'elle aurait pu se produire dans n'importe quelle autre communauté religieuse. Qu'en pensez-vous?

C'est tout à fait vrai. La virginité est prônée dans les trois religions monothéistes. Certes elle n'est pas exigée dans le Coran, mais il y a tout de même une préférence. Mais ce n'est pas la seule façon de bafouer les droits des femmes. Dans la religion juive, par exemple, seul le mari peut consentir à divorcer sur le plan religieux. Ainsi, en France, une femme divorcée au civil peut rester liée à un homme si celui-ci refuse de lui donne le Guet, le libellé du divorce. Il tente parfois de le monnayer, pour un montant de 5.000 euros environ. Le seul recours de la femme est de saisir le tribunal rabbinique. Mais ce dernier abandonne les poursuites au bout de cinq convocations, si le mari n'est pas venu. Même si le Consistoire refuse de nous donner les chiffres, Parole de femmes a aidé 350 femmes dans cette situation depuis deux ans.

Selon vous, l'Etat devrait intervenir?

Oui, l'Etat français a un devoir d'ingérence dans les religions. Cela fait deux ans que nous avons soumis une proposition de loi au ministère de la Justice pour en finir avec le mariage forcé, les excisions, les répudiations... Il faut taper du poing sur la table sinon les affaires comme celle du mariage annulé vont se multiplier. Après les écoles, les hôpitaux ne savent plus comment gérer les revendications religieuses des uns et des autres. On ne peut plus laisser faire.

Ne trouvez-vous pas contradictoire de prôner à la fois la laïcité et l'ingérence de l'Etat dans les affaires religieuses?

Non car il faut s'adapter à la société actuelle. Même dans la religion catholique, où l'intégrisme semble minoritaire en France, on assiste à une surenchère identitaire, peut-être liée à la concurrence des deux autres religions. Beaucoup de jeunes filles nous appellent pour nous poser des questions sur la virginité, la contraception... C'est pourquoi il faut s'asseoir à une table avec les représentants religieux et exiger d'eux le respect de la loi républicaine et de la laïcité. L'Etat a bien fait des concessions en acceptant par exemple que le chavouot (fête religieuse juive) soit chômé. Il faut des contreparties. En tant que juive pratiquante, j'aimerais que le principe du Talmud soit respecté: «La loi du Royaume est la loi.»