Mariage annulé: «La juge n'aurait jamais dû confirmer l'exigence de virginité»

INTERVIEW Najat Belkacem (PS) exprime pour 20minutes.fr son point de vue sur cette affaire...

Propos recueillis par Catherine Fournier

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Najat Belkacem, 29 ans, adjointe PS au maire de Lyon
Najat Belkacem, 29 ans, adjointe PS au maire de Lyon — Olivier Laban-Mattei AFP
Najat Belkacem, adjointe socialiste au maire de Lyon, exprime pour 20minutes.fr son point de vue sur l'affaire du mariage annulé de Lille...

Partagez-vous le point de vue de la ministre de la Justice Rachida Dati, qui estime que la décision de la juge a été rendue pour «protéger la jeune fille»?

Avant de dire quoi que ce soit, je voudrais d'abord souligner combien cette affaire est délicate, dans la mesure où elle voit se confronter l'intérêt privé de deux personnes et l'intérêt général de la société. C'est pourquoi la cacophonie et les interventions intempestives qui ont suivi la médiatisation de ce jugement m'ont paru hors de propos.

Dont ceux de Rachida Dati...

Elle est effectivement tombée dans le piège de la caricature en assimilant le cas du marié à tous les jeunes des quartiers issus de l'immigration. Comme si tous «les grands frères» de la communauté musulmane étaient susceptibles d'exiger la virginité de la part de leur fiancée. Ce jeune homme aurait très bien pu être de confession catholique ou juive, voire même athée. L'exigence de virginité existe partout. La garde des Sceaux a voulu jeter l'opprobre sur la gauche alors que dans cette affaire, il n'y a pas de clivage gauche-droite mais un front républicain.

Que pensez-vous du jugement rendu?

Je pense que le fait d'exiger la virginité est une forme de violence faite aux femmes. Preuve en est, on ne l'exige pas et on ne peut pas l'exiger d'un homme. C'est pourquoi la juge de Lille n'aurait jamais dû confirmer cette exigence, dans la mesure où elle ne semblait pas partagée par les deux parties. La jeune femme s'est sentie obligée de mentir pour ne pas être rejetée par son futur époux et sa famille. La juge, à mon avis, aurait dû inciter le couple à opter pour le divorce par consentement mutuel, afin de sauvegarder l'intérêt de la société et l'intérêt des particuliers.