L'Etat veut repousser les boat people au large de Mayotte

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« Encore hier, nous avons intercepté une ?kwassa? avec quarante personnes à bord, des chèvres, des moutons, des nourrissons », raconte un agent de la police aux frontières (PAF) sous le soleil paradisiaque de Mayotte, petite île française au nord de Madagascar. Les « kwassas », ce sont ces barques de pêcheurs qui déchargent sur les plages mahoraises leur cargaison de Comoriens désespérés.

L'an dernier, la PAF a intercepté 110 embarcations et elles sont déjà 79 à avoir été stoppées depuis janvier. Officieusement, deux cents à trois cents Comoriens affluent chaque jour sur l'île. C'est notamment pour limiter cette pression migratoire devenue insoutenable que le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Yves Jégo, a rencontré hier soir le président de l'Union des Comores. Soit un mois et demi après les émeutes intercommunautaires qui ont secoué Mayotte. Objectif : stopper les flux à la source, via la coopération. Un accord bilatéral pourrait être bientôt signé. Ce serait une première depuis l'indépendance de l'archipel, en 1975. Il permettrait de restructurer l'hôpital d'Anjouan, l'île la plus pauvre des Comores. Mais dissuadera-t-il les femmes enceintes de risquer leur vie pour accoucher à Mayotte, où leur enfant pourra acquérir, à 13 ans, la nationalité française en vertu du droit du sol ?

La reprise de la coopération viserait aussi à créer une zone de libre-échange de marchandises entre les îles, de sorte que le kilo de tomates ne soit plus vendu 16 euros à Mayotte et 50 centimes dans le reste des Comores. L'autre levier envisagé pour essayer d'enrayer l'afflux de boat people, c'est l'intensification des expulsions. Plus de quatre mille Comoriens ont déjà été renvoyés depuis le début de l'année. La PAF a fait passer sa flotte de deux à quatre bateaux en mai, un troisième radar sera installé fin juillet pour surveiller les côtes et un nouveau centre de rétention administrative de cent vingt places, certes annoncé depuis dix ans, doit ouvrir en 2010.