Exclusions en cascade dans les lycées

Laure de Charette - ©2008 20 minutes

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Elève en seconde au lycée Saint-Exupéry à Créteil (94), Renaud *, 15 ans, vient de se faire définitivement exclure de son établissement. Motif : pendant les manifestations contre les suppressions de postes, il aurait dégradé le portail lors d'un blocage avec deux copains eux aussi traduits en conseil de discipline. Comme lui, des jeunes leaders commencent à payer leur implication dans le mouvement de protestation. Mercredi, huit organisations ont dénoncé la « répression (...) systématique cette année » qui touche les lycéens mobilisés contre le projet du ministère. Selon l'UNL, environ mille jeunes auraient été exclus de leur établissement, principalement pour avoir manqué les cours les jours de défilés, participé à des blocages ou commis des dégradations. Un chiffre que le ministère de l'Education n'est pas en mesure de confirmer. « Mais aucune consigne de fermeté n'a été donnée aux proviseurs », y assure-t-on.

Au lycée Auguste-Renoir à Asnières-sur-Seine (92), Claire* a été exclue, comme une dizaine d'autres jeunes, pendant huit jours. Une sanction ramenée à deux jours après l'intervention des parents. « On lui reproche d'avoir entravé la liberté de circuler dans l'établissement et d'avoir mis en danger autrui en bloquant l'accès pompiers. Vous imaginez bien que ma réaction a été vive », explique sa mère. Sarah, 15 ans, évoque aussi les « intimidations », les « menaces de ne pas me réinscrire l'année suivante ».

Si le chef d'établissement choisit de réunir, ou non, un conseil de discipline, il est en revanche obligé par la loi de compter les absences de ses élèves et d'en informer les parents. Certains règlements intérieurs stipulent qu'une absence, même autorisée par écrit par les parents, peut être sanctionnée. Au lycée Buffon à Paris, le proviseur Jean-Claude Durand n'a renvoyé personne. « En revanche oui, j'ai menacé de le faire. J'étais un peu excédé, je me trouvais seul sur le trottoir face aux jeunes. La situation était tendue », explique t-il. En ce moment, il réfléchit aux sanctions à apporter en cas de futurs blocages. « Si ça recommence, j'exclurai sans doute », prévient-il, afin de lutter contre « un mode d'expression qui devient courant ». Les élèves sont prévenus : la sanction s'adapte.

* les prénoms ont été changés