«En visant les radars, le Fnar s’attaque au symbole du pouvoir de l’Etat»

Propos recueillis par Vincent Glad

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Jean-François Daguzan, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique.
Jean-François Daguzan, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique. — DR
Front national anti-radar, groupuscule AZF: ces mouvements terroristes aux revendications floues peuvent parfois prêter à sourire, mais sont pris très au sérieux par les autorités. Explications avec Jean-François Daguzan, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique et auteur de «Terrorisme(s). Abrégé d’une violence qui dure» (éd. du CNRS).


Un membre du Front anti-radar a vraisemblablement été arrêté à Clichy mercredi après l’explosion de son appartement. Est-ce que les services anti-terroristes prennent cette menace au sérieux?

C’est pris très au sérieux. Déjà parce que la destruction des radars coûte cher à l’Etat, mais aussi parce qu’on ne sait jamais comment ce genre de groupuscules peut évoluer. En visant les radars, le Fnar s’attaque au symbole du pouvoir de l’Etat, estimant qu’il porte atteinte à une liberté individuelle fondamentale, celle de conduire à la vitesse désirée. Il n’y a aucune revendication collective derrière ce message, ce qui en fait un terrorisme plutôt d'extrême-droite.

Ce front anti-radar fait penser au groupuscule AZF qui avait menacé d’attentats le réseau ferroviaire de la SCNF en 2004 avec une demande de rançon…

Il y a un vrai rapport entre ces deux organisations qui s’inscrivent dans une nouvelle forme de terrorisme que l’on pourrait appeler le «terrorisme sociétal». Ce genre d’action violente est apparu aux Etats-Unis depuis les années 80 avec les mouvements anti-IVG qui n’avaient pas hésité à tuer des médecins pratiquant l’avortement. Les militants radicaux de la cause animale sont aussi capables d’actions terroristes très violentes. En Europe, le «terrorisme sociétal» est apparu en 2003 en Italie avec «Aquabomber», un mystérieux personnage qui contaminait les bouteilles d’eau dans les supermarchés au nom de vagues revendications alter-mondialistes.

Comment expliquez-vous l’apparition récente de ce phénomène de «terrorisme sociétal»?

La société actuelle est fragilisée par la mondialisation qui touche à l’identité des individus. Le mal est vécu comme venant d’ailleurs. On retrouve ces préoccupations dans l’apparition du «terrorisme social» avec ces employés qui sont prêt à tout pour défendre leur usine menacée de fermer: explosions, rejet de substances toxiques dans la nature…