« On nous a dit qu'il fallait faire le deuil de notre fille »

TEMOIGNAGE Victoire, 6 ans, était promise à l'hôpital psychiatrique. Elle entre bientôt en CP...

A Lille, V. V.

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Pendant les vacances de printemps, Victoire a passé une nuit chez une copine. Une grande première pour cette fillette de 6 ans. «J'étais inquiète», confie Laurence, sa maman. Et en même temps très fière. Victoire est une petite fille autiste. On lui prédisait un avenir à l'hôpital psychiatrique. Mais, en septembre, c'est au CP qu'elle fera sa rentrée. «Je sais presque déjà lire», fanfaronne d'ailleurs malicieusement la petite brune devant son bureau d'écolière installé dans le salon familial.

Pourtant, il y a deux ans, Victoire ne parlait pas. Elle n'était pas propre et ne mangeait pas. Elle hurlait et se tapait la tête contre les murs pendant deux heures avant de s'endormir. «Les psys nous ont dit qu'il fallait faire le deuil de notre fille, peste sa maman. Qu'elle finirait ses jours dans un hôpital de jour.»

Pas convaincus, les parents décident à l'époque de confier leur fille à Vinca Rivière. Cette docteur en psychologie milite pour le traitement ABA (Applied Behavioral Analysis). Une méthode comportementaliste reconnue aux Etats-Unis, au Canada ou en Italie. Pas en France. «On s'adapte à l'environnement de l'enfant et on lui apprend à se focaliser sur les bons éléments», décrit la spécialiste. En clair, un psychologue aide toute la journée l'enfant à reproduire les bons gestes. Et à oublier les mauvais. «Le soir, il attendait que la petite s'endorme, se souvient la maman. Et puis il revenait le lendemain pour s'assurer que ce n'était pas un hasard. Et puis le surlendemain aussi. Et ainsi de suite...»

Un suivi personnalisé qui coûte cher, 1 700 euros par mois. Et qui n'est pas remboursé par la Sécu. Qu'importe. Les progrès de Victoire sont spectaculaires. Les parents piochent dans leurs économies, hypothèquent leur maison de la banlieue de Lille. « En ramassant Victoire, on a aussi récupéré ses parents, se souvient Vinca Rivière. Sur tous les plans, c'était devenu ingérable pour eux. »

Car Victoire a trois soeurs. Marinette, la petite dernière a tout juste 3 ans. Elle s'endort sur le canapé. Victoire s'amuse avec le chat. La maman souffle et savoure: «Quand je la vois aujourd'hui, je sais que je n'ai plus le droit de me plaindre.» Le soleil inonde le salon de ses premiers rayons. La fillette se lance à l'assaut de la balançoire pour «toucher le ciel». Pour les parents, c'est déjà fait. Valérie Létard leur a promis, à eux et à toutes les autres familles d'autiste, un million d'euros pour lancer officiellement l'expérimentation de l'ABA en France.