Pascal Sevran, le mirliflore incorrect de la télé, est mort

DISPARITION A l'âge de 62 ans...

Alice Antheaume
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Parolier, chanteur, écrivain, producteur et animateur de télévision, Pascal Sevran, décédé vendredi à l'âge de 62 ans à Limoges des suites d'un cancer du poumon, a défendu pendant 25 ans la chanson française d'antan sur le petit écran.
Parolier, chanteur, écrivain, producteur et animateur de télévision, Pascal Sevran, décédé vendredi à l'âge de 62 ans à Limoges des suites d'un cancer du poumon, a défendu pendant 25 ans la chanson française d'antan sur le petit écran. — Mehdi Fedouach AFP/Archives

L'animateur de télévision Pascal Sevran est décédé vendredi matin à Limoges à l'âge de 62 ans des suites d'un cancer du poumon.


«Je fais le mirliflore à la télévision et sur scène», disait-il. Pascal Sevran, monument rétro de la télé, farouche défenseur de la chanson francophone, a quitté le plateau, mort des suites d’une maladie qu’il ne voulait pas nommer mais que «tous les Français connaissent», euphémisait-il. Il a été enterré une fois avant l’heure après une fausse information diffusée par Europe 1 en avril 2008. 

Un hommage est prévu mardi


Mais cette fois, son décès a été «authentifié». C'est la famille de l'animateur elle même qui l'a fait savoir dans un communiqué parvenu à l'AFP. Un hommage lui sera rendu mardi prochain à 10h30 en l'église Saint-Louis en l'île.


Né Jean-Claude Jouhaud en 1945, à Paris, il souriait sans plisser les yeux, donnant cette impression de fausseté ou de secret caché. Garçon coiffeur, parolier, écrivain, animateur télé: Pascal Sevran a connu un paquet de métiers. «Je voulais être de ces chanteurs de twist au bord de la piscine d’Eddy Barclay. Comme un imbécile, je disais «Côte d'Azur» en croyant avoir tout dit. J’y suis allé, j’en suis revenu. Nous ne vivons que d’illusions et de souvenirs», a-t-il commenté par la suite dans son journal, dont il publiait un tome chaque année depuis l’an 2000.


Ni gauche ni droite


Si Charles Aznavour, Laurent Gerra, Annie Cordy et même Céline Dion sont passés sur le plateau de son émission, «La Chance aux chansons», qu’il a animée pendant seize ans sur TF1 puis sur France 2, c’est aux côtés de Dalida qu’il a commencé, en composant quelques-uns de ses titres. Dont le tube «Il venait d’avoir 18 ans». Par l’intermédiaire de la chanteuse, il rencontre François Mitterrand. Certains disent qu’il servait au président de bouffon à qui l’on demandait des chansons. Mais sa fidélité pour le chef de l’Etat, resté quatorze ans à gouverner la France, a continué même après sa mort, en 1996. Ainsi, il aurait fait partie de ceux qui ont payé la caution de 5 millions d’euros du fils du président défunt, Jean-Christophe Mitterrand, mis en détention en 2000 pour «complicité de commerce d’armes illicite et trafic d’influence». 


Après Mitterrand, Sevran s’est aussi lié avec Bertrand Delanoë et Jack Lang, à qui il rendra un rapport sur la sauvegarde de la chanson française du temps où celui-ci était ministre de la culture. Fidélité aux idées de gauche, en souvenir de ses parents communistes? Ou attachement à ces hommes plus qu’à leurs courants politiques? A l’ère Sarkozy, Sevran n’a pas manqué d’afficher son soutien au nouveau Président UMP. 


Le scandale


Mais quand il écrit, noir sur blanc, qu’il faudrait «stériliser la moitié de la planète», il se grille aussi bien à gauche qu’à droite et à la télé. Cette phrase, inscrite dans son livre «Le Privilège des jonquilles», paru en janvier 2006 a sonné le glas de la bonhomie de l’animateur: «Les coupables (de la famine au Niger, ndlr) sont facilement identifiables, ils signent leurs crimes en copulant à tout va. La mort est au bout de leur bite. Ils peuvent continuer puisque ça les amuse. Personne n’osera jamais leur reprocher cela, qui est aussi un crime contre l’humanité: faire des enfants, le seul crime impuni». Scandale. Le ministre de la culture de l’époque, Renaud Donnedieu de Vabres, juge les propos «scandaleux, inadmissibles et racistes». Depuis, difficile de trouver sur le Net des pages qui évoquent Sevran sans faire allusion à cette histoire, à son homosexualité ou aux propos limites qu’il tenait sur les femmes ou son homosexualité. 




En 2007, Pascal Sevran est ainsi devenu l’une des égéries du «Comité de la claque», qui élit chaque année la personnalité à claquer. Le prix de paroles incorrectes.