Loi Borloo: «Le compte n'y est pas pour le logement ancien»

INTERVIEW Thierry Salomon, président de l'association de promotion des économies d'énergie Negawatt, réagit au projet de loi Borloo d'orientation du Grenelle de l'environnement...

Recueilli par Angeline Benoit

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Construction de logements sur les Fronts de Neudorf.
Construction de logements sur les Fronts de Neudorf. — G. Varela / 20 Minutes

Le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo a bouclé ce mercredi son projet de loi d'orientation du Grenelle de l'environnement et l'a présenté officiellement. Réaction de Thierry Salomon, président de l’association de promotion des économies d’énergie Negawatt et membre du collège «ONG» du groupe I du Grenelle de l’environnement (Lutter contre les changements climatiques et maîtriser l’énergie).

Le projet Borloo respecte-t-il les conclusions du Grenelle de l’environnement sur le logement?


C’est le cas sur le logement neuf et c’est une vraie rupture. L’objectif de la basse consommation (50 kilowattheures par mètre carré et par an) pour toutes les constructions dès 2012 est fort et ambitieux. Mais le compte n’y est pas sur l’ancien, qui représente pourtant 90% de notre consommation de chauffage et plus de 20% des émissions de gaz à effet de serre. Le gouvernement n’a pas fait le choix d’imposer des travaux de rénovation, et le projet de loi présenté mercredi ne fixe ni un calendrier ni le niveau de consommation d’énergie (kwh par an et mètre carré) qui s’appliqueront aux mesures d’incitation (avantages fiscaux et prêts bonifiés).

Le Grenelle ne prévoyait pas non plus d’obligations. Et le gouvernement va étudier cette possibilité, n’est-ce pas suffisant?

Non, car on prend un retard qui sera difficile à rattraper. On n’impose pas les travaux de rénovation thermique qui empêcheront l’envolée des factures d’énergie alors que les prix ont déjà tellement augmenté qu’on va devoir introduire un tarif social pour le gaz en juillet. Aujourd’hui, 16 millions de logements construits avant l’introduction des premières normes thermiques consomment 300 à 700 kwh par an et mètre carré, soit 6 à 14 fois plus qu’un bâtiment neuf en 2012 ! Sans rénovations obligatoires, on va se retrouver avec des logements à deux vitesses.
Je le comprends d’autant plus mal que rénover un logement énergivore (350 kwh ou plus) peut être une opération blanche pour le propriétaire : la baisse des factures compensant le coût des travaux. Il ne faut pas attendre les orages des changements climatiques pour agir. En 2020, il sera trop tard. Il est incroyable qu’on sache prendre ces décisions pour des ascenseurs et des façades, mais pas pour l’énergie !

Pour le logement social, le gouvernement prévoit de réduire la consommation énergétique de 800.000 logements à 150 kwh par an et mètre carré d’ici à 2020. Qu’en pensez-vous?

Le niveau de performance visé est insuffisant. En 2020, le neuf sera trois fois moins énergivore, ce qui représente un écart trop important, et une dépense de chauffage inacceptable pour les locataires. Il vaudrait mieux rénover moins de logements, mais deux fois mieux (80 kwh). Cela serait à peine plus coûteux, le résultat global d’économies d’énergie serait le même, et il n’y aurait pas besoin de refaire des travaux quelques années plus tard.