Il se suicide après avoir cru être promu dans son entreprise

DRAME L'annonce était en fait un canular d'un délégué syndical…

Alexandre Sulzer

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Une blague vraiment pas drôle. Frédéric Mauri, 41 ans, régleur-outilleur dans la société Altrad, à Montpellier, s'est donné la mort dans la soirée du 2 février 2008, révèle «France-Soir», deux jours après avoir appris que l'annonce de sa promotion au rang de contremaître était un canular.

Sa femme, Anne-Marie, a porté plainte contre l'entreprise pour «harcèlement moral, dégradation des conditions de travail pouvant porter atteinte aux droits, à la dignité, à la santé ou à l'avenir professionnel d'autrui». Employé depuis seize ans au même poste, Frédéric Mauri, selon le procès-verbal établi par la police, était obsédé par la reconnaissance de son travail et une promotion salariale qui lui était systématiquement refusée depuis 2003.

Le 17 janvier dernier, un de ses collègues de travail, délégué syndical CFDT, lui annonce une promotion «devant l'ensemble des membres du syndicat et son chef d'équipe», indique la veuve. Laquelle précise qu'ils n'étaient pas sans savoir que Frédéric, dépressif et psychologiquement fragile, avait déjà fait plusieurs tentatives de suicide. «C'est comme s'ils lui avaient tiré dessus à bout portant», attaque Anne-Marie Mauri. «Ils lui ont dit: "tu verras, ce sera indiqué sur ta prochaine fiche de paie".»

Suicide par médicaments

Croyant à cette augmentation de salaire prochaine, l'ouvrier qualifié annonce aussitôt la bonne nouvelle à sa femme et prévient toute sa famille. Sa joie perdure jusqu'au 31 janvier, jour où ce même collègue avoue que la promotion annoncée est bidon. Frédéric Mauri avouera à sa femme s'être fait avoir, en pleurs, le 2 février. Selon le témoignage de son épouse, il participe le même jour à une soirée crêpes avec des amis au cours de laquelle il n'aborde pas le sujet de la fausse promotion, mais boit beaucoup. Une fois ses amis partis et sa femme couchée, il se donne la mort en absorbant des médicaments dont la boîte est déposée à côté de son bulletin de paie «dans une mise en scène morbide», précise Me Luc Kirkyacharian, l'avocat de la famille.

Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet et une action prud'homale engagée, tandis que l'avocat souhaite faire de cette affaire un «symbole de l'absence de reconnaissance professionnelle de certains salariés qualifiés». Selon lui, l'entreprise a une responsabilité lourde dans la mort de son client. Contactée par 20minutes.fr, la société Altrad n'a pas pour l'instant répondu à nos questions.