Dernier adieu populaire à Aimé Césaire

Envoyé spécial à Fort-de-France, Stéphane Colineau - ©2008 20 minutes

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L'hommage de la nation française à Aimé Césaire, père de la négritude, a pris fin hier à 16 h (22 h, heure de Paris) au stade de Dillon, à Fort-de-France. Le corps du poète et homme politique martiniquais, décédé à l'âge de 94 ans, devait être conduit, escorté par un cortège populaire, au cimetière municipal.

C'est à 15 h que Nicolas Sarkozy s'est incliné, seul, devant la dépouille mortelle du petit homme au visage figé dans une expression étonnamment sereine. Le chef de l'Etat s'est avancé alors que débutait une minute de silence. Soixante secondes où l'on aurait pu entendre voler l'âme d'Aimé Césaire. Quinze minutes plus tôt, l'hommage au « papa » de la Martinique, ainsi que l'ont baptisé les habitants de l'île, avait commencé par une allocution de son compagnon de route historique, Pierre Aliker. Acclamé par les milliers de Martiniquais présents à la cérémonie, le vieil homme, âgé de 101 ans, a dû interrompre sa lecture à plusieurs reprises, submergé par l'émotion. Encouragé par des applaudissements, il a repris, célébrant son ami, « qui a fait connaître et reconnaître la Martinique dans le monde entier ». Vêtu de blanc, Pierre Aliker, qui avait coutume de dire qu'il restait en vie pour veiller Aimé Césaire, a relevé la tête pour conclure que « les Martiniquais resteront fidèles à eux-mêmes ».

La cérémonie s'est poursuivie par un long hommage au poète lu avec ferveur par six comédiens antillais et africains. Le Président ne s'est pas exprimé, par respect de la volonté de la famille du défunt. Il a prononcé ses seuls mots lors de son arrivée à l'aéroport de Fort-de-France, baptisé « Aimé-Césaire » à son initiative en 2006 : « Je suis venu dire à la Martinique que toute la France partage sa douleur, que c'est la nation tout entière qui est en deuil », a-t-il déclaré, saluant en Aimé Césaire, avec lequel il a eu des relations chaotiques, « l'un des symboles de la lutte pour le respect des peuples ».

C'en est donc terminé, depuis hier, du flot ininterrompu de milliers de Martiniquais venus s'incliner devant le cercueil du poète. Désormais, c'est au cimetière, où seule la famille devait assister à l'inhumation hier soir, que les Martiniquais viendront se recueillir.