Faut-il transférer le corps d’Aimé Césaire au Panthéon?

POLEMIQUE En Martinique, les habitants sont plutôt contre...

Stéphane Colineau, envoyé spécial en Martinique

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Très émus, mais dans une ambiance sereine, souvent joyeuse, les habitants de Fort-de-France et des autres communes de l'île, tous âges confondus, ont applaudi le passage du fourgon transportant la dépouille de Césaire en chantant, en scandant son nom ou en brandissant des portraits du poète.
Très émus, mais dans une ambiance sereine, souvent joyeuse, les habitants de Fort-de-France et des autres communes de l'île, tous âges confondus, ont applaudi le passage du fourgon transportant la dépouille de Césaire en chantant, en scandant son nom ou en brandissant des portraits du poète. — Franck Fife AFP

Faut-il transférer le corps d’Aimé Césaire au Panthéon, comme le suggère Ségolène Royal, mais comme s’y oppose la majorité? En Martinique, tout le monde a un avis sur la question, souvent tranché. La plupart sont formellement contre ce transfert. Réactions recueillies ce samedi matin devant la mairie de Fort-de-France.

Louisiane, animatrice: «Je préfère que le corps de Césaire reste ici! Il représente toute notre fierté, tout ce que nous avons toujours espéré. Si on l’emmenait en métropole, ce serait comme si on nous arrachait notre cœur, puisqu'Aimé Césaire est le cœur de la Martinique. En plus, lui-même n’aurait pas voulu. Il avait déjà refusé de concourir pour le prix Nobel. Plutôt que le Panthéon, il serait plus intelligent de rendre son œuvre obligatoire dans les programmes scolaires.»

Armelle lycéenne: «Aimé Césaire c’est le père de la Martinique. Il faut le laisser ici, pas l’emmener au Panthéon. Ce serait triste si on l’enlevait; il nous a beaucoup aidé, il faut qu’on le garde près de nous. C’est un grand poète et écrivain.»

Patrick, agent de service: «Le transfert au Panthéon ne me choquerait pas. Personnellement j’hésite, je trouve que la Martinique et le Panthéon seraient deux bonnes solutions. Il faut être large d’esprit, et Aimé Césaire est un homme universel, un grand homme, ce qui est vrai pour tous les citoyens français.»

En guise de compromis, le CRAN (Conseil représentatif des associations noires) a demandé samedi à Paris, lors d'un rassemblement devant le Panthéon en hommage à Aimé Césaire, qu'une plaque soit apposée dans ce monument en mémoire du poète décédé mais que son corps reste en Martinique. «Cela éviterait la désagréable impression de récupération», a expliqué Louis-George Tin, porte-parole de l'association.