Procès Fourniret: «Le jour où Céline a disparu…»

Propos recueillis par Sandrine Cochard

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Jean-Pierre Laville (gauche) et Jean-Pierre Saison (droite), pères de certaines victimes de Michel Fourniret, répondent aux questions des journalistes, le 28 mars 2008.
Jean-Pierre Laville (gauche) et Jean-Pierre Saison (droite), pères de certaines victimes de Michel Fourniret, répondent aux questions des journalistes, le 28 mars 2008. — P. HUGUEN / AFP

Il assiste à toutes les audiences depuis le début du procès des époux Fourniret, le 27 mars dernier, en solidarité avec les autres familles touchées. Jean-Pierre Saison, le père d’une des victimes présumées de Michel Fourniret, confie à 20minutes.fr ses attentes sur ce procès douloureux. L’affaire de sa fille, Céline Saison, est examinée mercredi et jeudi.

>> Qui sont les victimes de Michel Fourniret?

Pouvez-vous nous décrire le jour où votre fille Céline a disparu?
C’était le mardi 16 mai 2000. Céline avait passé son Bac blanc de philosophie dans l’après-midi, une épreuve qu’elle a dû terminer entre 17h30 et 18h. Je suis rentré à la maison vers cette heure-là et j’ai commencé à tondre la pelouse en l’attendant. Il faisait très chaud, l’air était lourd, orageux. Le temps a passé, 18h15, 18h30, 19h… sans nouvelles de Céline. Ce qui n’était pas dans ses habitudes. C’était quelqu’un de réservé, qui n’avait pas de copain attitré. Elle rentrait toujours à la maison sitôt les cours finis car elle aimait beaucoup rester en famille.

C’est à ce moment que vous avez commencé à vous inquiéter?
Oui car son lycée était à 800 mètres de notre domicile. Nous sommes tout de suite aller voir là-bas, pour tenter de trouver des élèves qui pourraient nous aider. Mais le lycée était fermé et il n’y avait plus personne. Puis nous avons appelé ses copines de classe, des personnes qui avaient passé l’épreuve avec elle, afin de savoir vers quelle heure elle avait pu quitter la salle, mais personne ne l’avait vue sortir.

Nous avons tourné dans la ville, nous nous sommes arrêtés au magasin où elle avait acheté des lentilles de contact de jour même… Sans succès. Un violent orage a éclaté vers 20h. Nous avons alors appelé les hôpitaux avant de nous tourner vers la police, vers 22h30, pour faire une déclaration de disparition. Malheureusement, Céline avait fêté ses 18 ans le mois précédent… Un agent nous a informé qu’il fallait attendre 48h pour bouger. Nous n’avons même pas pu déposer de main courante. J’estime qu’on devrait lancer une procédure de disparition inquiétante sans attendre ce délai, même pour un majeur. Durant cet intervalle, Céline a disparu sans laisser de traces.

Que s’est-il passé les jours suivants?
Le lendemain, mercredi, nous avons été sonner chez nos voisins, afin de trouver un indice. Les recherches de police ont commencé le vendredi mais les chiens pisteurs n’ont pu retrouver son passage à cause de la pluie. Un juge s’est saisi de l’affaire quinze jours plus tard. Le 22 juillet suivant, trois jeunes qui allaient aux champignons ont découvert ses restes dans une forêt, côté belge. La police l’a identifiée grâce à sa montre, retrouvée près du corps, et des analyses ADN ont confirmé que c’était bien Céline.

Quel impact a eu la disparition de Céline sur votre vie?
Deux ans plus tard, nous avons pris la décision de quitter la région. On ne pouvait plus vivre dans l'endroit où elle avait vécu, voir la porte de sa chambre toujours fermée, repasser par les endroits où elle était passée... Nous sommes partis dans le sud-ouest, à Tarbes. Un environnement qui nous permet de faire le vide facilement lorsque ça ne va pas, en sortant pour marcher dans la montagne par exemple. En revanche, changer de lieu ne nous a pas permis de tourner la page. Pour moi, le deuil est impossible.

Votre famille a-t-elle résisté à ce drame?
Oui, ma femme et moi nous sommes rapprochés. Quant à notre fils, qui a fêté ses 22 ans lundi, il reste fragile et s'exprime peu. On fait tout pour le protéger mais il reste marqué par cette disparition qui est arrivée alors qu'il avait 14 ans. Nous avons été suivis pendant des mois par une psychologue afin de nous préparer à ce procès, notamment sur la notion de plaisir pris à tuer que pourrait évoquer Michel Fourniret... Mais je ne pense pas qu'il s'exprime.

Ce procès est-il un soulagement pour vous?
Oui, car savoir rompt l’attente qui nous rongeait depuis quatre ans. Ce procès est surtout un passage obligé. Je n’attends pas de remords de Michel Fourniret, qui joue un rôle depuis le début du procès, ni de Monique Olivier. Ce procès est très spécifique car nous avons à faire à un couple d’inculpés face à dix familles unies dans la douleur. Nous formons une seule famille de victimes, c’est pourquoi nous assistons à l’examen de toutes les affaires. Je salue le président Gilles Latapie qui a bien compris qu’il fallait ménager les familles car ce procès est une épreuve très lourde, il y a beaucoup d’émotions et de retenue. C’est insupportable, même pour la cour.

Une association a été créée en souvenir de Céline Saison et Manyana, les deux dernières victimes présumées de Michel Fourniret: association «Céline et Mananya», B.P. 80053, 08001 Charleville-Mézières cedex. celine-mananya@wanadoo.fr

>> Retrouvez tous les comptes rendus d’audience depuis le premier jour du procès.

>> Retrouvez notre dossier sur le procès Fourniret