Les pirates avaient un manuel de bonne conduite

PONANT Le voile se lève sur les détails de l'affaire…

Avec agence

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200.000 dollars, représentant dix pour cent de la rançon versée aux preneurs d'otage, a été récupérée par l'armée française lors de l'arrestation en Somalie de six des pirates ayant participé à l'opération, a annoncé jeudi une source judiciaire.
200.000 dollars, représentant dix pour cent de la rançon versée aux preneurs d'otage, a été récupérée par l'armée française lors de l'arrestation en Somalie de six des pirates ayant participé à l'opération, a annoncé jeudi une source judiciaire. — AFP/Archives

On en sait plus sur les aventures du Ponant depuis que les six pirates somaliens ont commencé à raconter leur version des faits lors de leur garde à vue à Paris. «On est en présence d'une milice de mer, un gang qui a un chef, est hébergé par des villageois qui les nourrissent et leur fournissent le khat» (une plante euphorisante très prisée dans la corne de l'Afrique), résume une source judiciaire.
 
Parmi les six Somaliens âgés de 25 à 40 ans entendus par la gendarmerie depuis mercredi matin, deux seraient membres de cette «milice», trois des villageois soupçonnés d'avoir gardé le navire et son équipage pris en otage, le dernier étant le chauffeur du 4X4 à bord duquel ils ont été interceptés par les forces spéciales françaises vendredi.
 
Des touristes présentés comme des marins
 
Début avril, des membres de cette milice empruntent deux barques rapides aux villageois pour aller «à la pêche et défendre leur territoire de mer» face à des milices rivales. «Ils vont d'abord aborder une navire de pêche yéménite avec 27 marins à bord qu'ils prennent en otage». Le navire devient leur bateau-mère. Le 4 avril, ils croisent la route du Ponant dans le golfe d'Aden. Pour eux, ce trois-mâts de luxe, «c'est l'eldorado». A bord d'une embarcation rapide, trois pirates partent à l'abordage, tirent à l'arme automatique quand l'équipage tente de les repousser avec des lances à incendie.
 
Selon le «Nouvel Observateur», des touristes français se seraient trouvés à bord du navire mais auraient été présentés, avec de faux papiers, comme des membres de l'équipage. Avec comme but de ne pas faire augmenter la rançon, un touriste valant plus cher, aux yeux des pirates, qu'un marin.
 
Les violences sexuelles proscrites par un manuel de bonne conduite
 
Proie devenue sans intérêt après l'interception du Ponant, le navire yéménite et son équipage sont libérés. A bord du navire, les femmes de l'équipage avaient été mises à l'abri dans une cale. Elles n'en sortiront qu'au bout de deux jours. Un «manuel de bonne conduite» des pirates proscrivant notamment les «violences sexuelles sur les femmes» a depuis été retrouvé par les enquêteurs français à bord du navire.
 
Le Ponant met ensuite le cap sur Garaad-Adé, un village du Puntland, province autonome autoproclamée de la Somalie, sous la surveillance discrète des navires de la marine nationale. Au mouillage deux jours plus tard, 70 villageois se proposent pour garder le bateau et l'équipage. Par peur d'attaques de clans rivaux, des renforts et des mitrailleuses sont amenés à bord.
 
Chaque villageois devait recevoir 50 dollars
 
Au total, entre 20 et 30 pirates et gardiens se succèderont à bord du Ponant où la vie des preneurs d'otages s'organise. Des chèvres sont montées à bord, un méchoui organisé. Mais la discipline règne: un des pirates tire «par erreur» manquant de peu le médecin du Ponant. Il est immédiatement «renvoyé du bord» par le chef des pirates.
 
La rançon est fixée à deux millions de dollars avec l'armateur du Ponant, la CMA-CGM. Chaque villageois doit recevoir 50 dollars, chaque pirate entre 11 et 20.000. Les commandos-marine parviendront à récupérer 200.000 dollars de cette rançon à bord du 4X4 intercepté.
 
La garde à vue des six Somaliens peut se poursuivre jusqu'à dimanche 6h avant leur probable présentation à un juge d'instruction en vue de leur mise en examen. Selon cette source judiciaire, «la chance de capturer les autres pirates est relativement faible».

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