«L'idée n'est pas de fermer les petits hôpitaux»

INTERVIEW Le professeur Antoine Flahault, directeur de l'Ecole des Hautes Etudes de la Santé publique (EHESP), réagit à la réforme hospitalière…

Propos recueillis par Alexandre Sulzer

— 

AFPTV
Le professeur Antoine Flahault est directeur de l'Ecole des Hautes Etudes de la Santé publique (EHESP), l'établissement qui forme les futurs directeurs d'hôpitaux. Il réagit aux annonces de Nicolas Sarkozy sur la réforme hospitalière.
 
Les mesures de Nicolas Sarkozy sur l'hôpital - qui a annoncé des «communautés hospitalières de territoires» et le renforcement du rôle des directeurs d'hôpitaux - vous semblent-elles aller dans le bons sens?

Oui, jusqu'alors un directeur d'hôpital n'avait pas les moyens de diriger l'entreprise très complexe que représente l'hôpital public. L'idée d’en renforcer la gouvernance me paraît donc nécessaire. Parmi les mesures annoncées, une question se pose toutefois: c'est le pont entre médecine hospitalière et médecine de ville. J'espère que les Agences régionales de santé (ARS) nouvellement créées y répondront car il est indispensable que le parcours de soins soit parfaitement intégré et qu'il s'appuie sur les technologies de l'information.
 
La création des «communautés hospitalières de territoires» ne risque-t-elle pas de porter atteinte au service public bien que Nicolas Sarkozy s'en défende?
Les craintes sont légitimes mais il nous faut mutualiser les moyens et faire des économies d'échelle, surtout dans une période de tension démographique. L'idée n'est pas de fermer des petits hôpitaux mais de regrouper les services les plus performants et de transformer les petits services, pas assez actifs, en services de pathologie chronique de longue durée comme le traitement de la maladie d'Alzheimer. Cela est d'autant plus intéressant que l'on y gagnera en sécurité. On va donc éloigner certaines structures de soins de certains habitants mais notre système de transport hospitalier est très performant. En clair: une femme qui accouche devra faire quelques kilomètres de plus, c'est vrai, pour accéder à un service de maternité mais elle bénéficiera de soins optimaux pour elle et son enfant. Enfin, la réforme permet une maîtrise des coûts. Ce qui ne doit pas être un tabou en France, le troisième pays au monde par ses dépenses de santé rapportées au PIB après les Etats-Unis et la Suisse.
 
La rémunération des directeurs d'hôpitaux en fonction des résultats: faut-il s’en inquiéter?
Ce n'est pas très français d'intéresser les salariés aux résultats dans le public. Mais il me semble souhaitable qu'un directeur d'hôpital qui a des bons résultats en terme de santé, qui gère efficacement les crise, les coûts et assure une responsabilité environnementale, se voit récompensé. Les directeurs d'hôpitaux sont des chefs d'entreprise qui ne bénéficient pas de parachutes dorés et de stock-options, vous savez. L'intéresser ne lui fera pas perdre de vue que la fonction prioritaire de l'hôpital reste de soigner les malades et bien traiter son personnel.
 
Quel est l'intérêt d'introduire des contrats de droits privés pour certains médecins hospitaliers?

Dans certaines disciplines, l'hôpital public n'est pas attractif pour les médecins diplômés, notamment les jeunes qui ont moins de tabou par rapport à l'argent. Ils sont donc attirés par des structures privées. Pouvoir recruter au prix du marché est donc nécessaire pour le manager qu'est le directeur d'hôpital.
 
Quel regard portez-vous sur les «contrats de service public» qui pourront être signés entre les ARS et les cliniques privées?
Cela valide un état de fait. Ces contrats seront de plus les garants d'une bonne régulation en cas d'engorgement. Par exemple, le jour où éclatera la pandémie de grippe aviaire, nous serons contents de pouvoir profiter de ces contrats qui imposent des clauses de service public aux cliniques privées.