Allocations familiales: le gouvernement «déshabille Pierre pour habiller Paul»

Sa. C. avec agence

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Une Guadeloupéenne de 34 ans, soupçonnée d'avoir escroqué 17 Caisses d'allocations familiales (CAF) pour un préjudice de plus de 100.000 euros en déclarant de fausses naissances de quintuplés, a été mise en examen et écrouée cette semaine, a-t-on appris vendredi de source judiciaire.
Une Guadeloupéenne de 34 ans, soupçonnée d'avoir escroqué 17 Caisses d'allocations familiales (CAF) pour un préjudice de plus de 100.000 euros en déclarant de fausses naissances de quintuplés, a été mise en examen et écrouée cette semaine, a-t-on appris vendredi de source judiciaire. — Philippe Huguen AFP/Archives

Depuis la confirmation de la majoration unique des allocations familiales, mercredi soir par François Fillon, l’heure est à la méfiance. Si Matignon assure que «l'argent récupéré grâce à cette réforme servira à financer d'autres mesures en faveur des familles», notamment l'allocation pour garde d'enfants (Paje), qui «sera majorée», des doutes persistent. «Rien n'assure que l'argent sera consacré aux familles confrontées aux difficultés de garde d'enfant» a ainsi estimé le président de la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf) Jean-Louis Deroussen, jeudi sur i-Télé.

Que faire des 138 millions d’euros d’économie?

Un pactole estimé à 138 millions d'euros par an par la Cnaf, le manque à gagner s’élevant à près de 600 euros par enfant. «C'est une baisse importante pour les familles qui ont à faire face à des dépenses supplémentaires occasionnées par les enfants qui grandissent», a-t-il déploré, craignant un recul de la politique familiale en France.

Même crainte du côté de la Confédération syndicale des familles (CSF). «La politique familiale ne se découpe pas en tranches, il faut une politique familiale globale, l'accueil du jeune enfant doit être pensé en tant que tel et pas en ponctionnant des crédits déjà affectés aux familles», a déclaré à l’AFP Patricia Augustin, chargée de la famille à la CSF. Et d’estimer qu’en récupérant les économies faites sur les allocations familiales pour augmenter l'allocation de mode de garde, le gouvernement «déshabille Pierre pour habiller Paul». La CSF propose que les économies réalisées soient reversées sur l'allocation rentrée scolaire (ARS) «car c'est à peu près le même public et les familles s'y retrouveraient». Une réforme de l'ARS, inscrite dans la loi de finances de la sécurité sociale (PLFSS), est actuellement en discussion. Il s'agirait de moduler l'allocation, actuellement de 272,57 euros par enfant, en fonction de son âge, le coût de la rentrée différant selon le niveau de scolarisation. Le barème doit être précisé par décret.

De son côté, l'Union nationale des associations familiales (Unaf) a pris acte de cette décision «à condition que l'intégralité des économies soient reversées» pour la garde d'enfants, a déclaré à l’AFP son président de François Fondard. «Si ce qui est récupéré est recyclé, et qu'il n'y a pas de diminution globale, on peut considérer que c'est un choix politique» d'accorder une aide accrue pour les jeunes enfants plutôt que pour les adolescents, a-t-il souligné.

«Cherchez l'arnaque!»

Plus virulente, l'Union des familles en Europe (UFE) a affirmé jeudi que l'augmentation de la (Paje) ne compense par la diminution des allocations familiales pour les adolescents. «35 millions de dépenses supplémentaires», coût selon l'UFE de l'augmentation de la Paje, «versus 138 millions d'économie, cherchez l'arnaque!», lance l'association familiale dans un communiqué.

A gauche, Ségolène Royal (PS) a exhorté Nicolas Sarkozy et son gouvernement à arrêter de «casser les familles». «Le gouvernement n'a pas le droit de s'attaquer aux familles et fragiliser ce qui est au coeur d'une société», a affirmé l'ex-candidate à la présidentielle. La famille est un lieu essentiel de sécurité, d'éducation et de transmission des valeurs».

Et la mesure fait des remous au sein même de la majorité. Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, a demandé jeudi au gouvernement «des assurances sur le fait que pas un centime d'euro dégagé de la réforme n'ira financer une autre politique que la politique familiale». En 1997, Lionel Jospin s’était attaqué au système des allocations familiales, annonçant vouloir les placer sous conditions de ressources. Sous la pression conjuguée des associations familiales et des syndicats, mais aussi de la droite et d’une partie de la gauche, l’ancien Premier ministre avait reculé. François Fillon résistera-t-il?