«Les vacances vont compliquer les choses»

Propos recueillis par Vincent Glad

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Les lycéens, qui ont manifesté mardi essentiellement en région parisienne contre les milliers de suppressions de postes dans l'Education, ont estimé avoir franchi "un nouveau cap" dans la mobilisation, mais Xavier Darcos a refusé de revenir sur ces suppressions.
Les lycéens, qui ont manifesté mardi essentiellement en région parisienne contre les milliers de suppressions de postes dans l'Education, ont estimé avoir franchi "un nouveau cap" dans la mobilisation, mais Xavier Darcos a refusé de revenir sur ces suppressions. — Patrick Kovarik AFP
Alix Nicolet préside, à 16 ans, le syndicat lycéen FIDL (gauche). Elève de seconde du lycée Robert Doisneau à Vaux-en-Velin, elle fait le bilan sur la mobilisation lycéenne à quelques heures d’une grande manifestation attendue jeudi après-midi à Paris.


Pour l’instant, le mouvement lycéen mobilise surtout dans la région parisienne. Comment expliquer l’inertie de la province?

En province, il n’y a pas encore de lycée en pointe de la grève. A Paris, la mobilisation du lycée d’Aubervilliers il y a deux mois a entraîné toute la région dans le mouvement. Mais j’espère que ça va prendre jeudi. Cette fois-ci, tous les lycéens de France sont au courant des manifestations, il y a eu une grosse couverture médiatique et on a essayé de tracter au maximum.

Est-ce que le mouvement peut profiter de l’expérience acquise lors des grèves de 2006 contre le CPE?

Le mouvement contre le CPE a appris une chose fondamentale aux lycéens: la rue peut gagner. Mais dans les cortèges de 2008, il y a finalement peu de lycéens qui étaient dans la rue en 2006. Ceux qui étaient en seconde sont aujourd’hui en terminale et ont leur bac à passer. On comprend qu’ils veuillent assister à leur cours, on organise d’ailleurs des barrages filtrants dans les lycées bloqués pour qu’ils puissent préparer au mieux leur bac. Mais même en cours, les terminales soutiennent le mouvement et leur expérience incite les plus jeunes à se mobiliser.

La grande manifestation annoncée cette après-midi tombe assez mal. Marseille, Strasbourg et Lille sont en vacances alors que les académies de Nantes, Rennes ou Toulouse arrêtent les cours vendredi soir…
Ça complique les choses, en effet. Mais ce n’est pas deux semaines de vacances qui vont démobiliser les lycéens: ils reprendront les manifestations après les vacances. Et j’espère que Marseille, Strasbourg et Lille prendront le relais quand les Parisiens et les Bordelais partiront en vacances le 18 avril.

On célèbre en ce moment les 40 ans de Mai-68. Est-ce une référence dans la tête des lycéens?

Les jeunes se rendent compte que Mai-68 a eu un effet capital à l’époque, mais ils ont aujourd’hui l’impression qu’on est revenu en arrière. Le fait qu’on remette aujourd’hui en cause l’idéologie de Mai-68 a tendance à les mobiliser d’autant plus : nier l’influence du mouvement des années 60, c’est nier le poids politique de la jeunesse.