« L'amour insondable des mères de criminels »

- ©2008 20 minutes

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Maria Carrier

Auteur de Mères de criminels (Belfond).

Vous avez interrogé de nombreuses mères d'hommes et de femmes ayant tué. Comment avez-vous choisi ces témoignages ?

Il fallait que ce soient des affaires terminées, que les mères soient prêtes à témoigner, qu'elles aient quelque chose à dire, et qu'elles aient envie de le dire. J'ai essayé d'avoir le panel le plus large possible avec des mères d'enfants ayant tué par amour, avec préméditation, sur un coup de sang, ou ayant commis un infanticide. Je les ai trouvées par les journaux, les avocats, les associations d'aide aux familles de prisonniers. Même si c'était difficile pour elles, toutes se sont livrées.

Qu'est-ce qui vous a le plus surpris ?

L'amour insondable qu'elles portent à leur enfant. Elles s'arrangent avec ce qu'il a fait. Beaucoup se réfugient derrière le « sa tête a commis ce crime, pas son coeur » ou alors « ce n'est pas l'enfant que je connais ». Elles sont un phare, un repère auquel leur enfant peut se raccrocher. Elles se démènent pour faire de longs trajets et aller les voir en prison.

Comment traversent-elles l'épreuve ?

Elles ne comprennent pas ce qu'il leur arrive ; on les interroge dans un cadre hostile. Durant les procès, elles sont mises en cause ; on remonte jusqu'à l'enfance et on trouve des choses qui semblent évidentes a posteriori et que ces mères se reprochent de ne pas avoir vues. Toutes se demandent ce qu'elles ont raté. Recueilli par David Carzon